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samedi, décembre 10, 2016

562_ 10 décembre, Marcher de DYLAN à MELENCHON




Le samedi n’est pas un jour tout à fait comme les autres ici. Du moins dans notre petite ville du sud et comme dans de nombreuses autres villes ou villages. Ce jour est particulier, car c’est LE jour (sur 365) décrété par l'ONU "journée internationale des droits de l’homme"... (10.12.48) et du prix Nobel. Et c’est aussi un jour de marcher et un jour pour marché (ou l’inverse). Au pas de charge. Passer devant la gare, la poste ouverte jusqu'à midi trente, l’église St-Louis (103 ans), monter la grande avenue du 'Grand homme' qui traverse la ville du sud au nord, emmitouflé dans une parka d’automne, car Noël arrive (autant de Noël que d'enfants qui y croient) et avec lui le mauvais temps, l’espoir et plein de résolutions à prendre ("arrêter de fumer dès le 1° du mois" par exemple ou bien "arrêter d'écrire n'importe quoi sur FB") à préparer dès aujourd’hui. Marcher vers le nord et s’il se trouve un Tabac-PMU ou un Tabac-Loto y entrer pour mettre des croix au hasard (qui sait ?) : 10.12.16… sur une grille. Marcher donc jusqu’au grand marché du quartier nord. Oui, nous aussi nous avons notre quartier nord. Entendez ‘‘nord’’ comme un des points cardinaux c’est tout. Il ne s’y passe rien de bien méchant dans notre « quartier nord ». Arrivé au marché ralentir la cadence, faire comme tout le monde, traîner, regarder, demander le prix des boites de thé vert chinois de 500 gr « Camel, China green tea » (2€50) ou « 777 » (4€00) ou « Aguelid, le roi du thé », « cinq cinquante monsieur », prendre trois bottes de menthe (0€50X3), sourire au vendeur, mais répéter entre vos dents « c’est cher ». Continuer votre marche et tomber sur des gars que vous trouvez tout de suite sympathiques. Vous entamez, ou plutôt ils entament la discussion, et vous les trouvez encore plus sympathiques…
Ils sourient (comme vous), vous tendent un prospectus que vous refusez en souriant toujours « je suis convaincu vous savez, gardez-le pour une autre personne ». Ils insistent, alors vous le prenez le prospectus. La discussion est chaleureuse, et la conviction brûlante. Vous les saluez et quittez le marché pour marcher encore, mais plus vite. Retrouver la cadence initiale. Marcher, marcher, marcher… pour faire plaisir au docteur, très catégorique « à votre âge monsieur A., vous devez marcher au moins 45 minutes par jour ». Vous êtes content de savoir que votre médecin sera plus content que vous d’apprendre (car vous lui raconterez tout n’est-ce pas) que vous marchez ainsi tous les jours 45’ et plus encore le samedi lorsque vous traversez la ville du sud au nord avant de rentrer chez vous prendre un apéritif bien mérité, écouter une bonne chanson

 « How many roads must a man walk down, Before you call him a man ? (tiens, tiens, ira-t-il chercher son chèque ? c’est aujourd’hui à Stockholm normalement. Il rigole peut-être sous sa barbe le vieux troubadour dans l'un de ses ranchs californiens. Il les entend tous « Le camouflet de Dylan »… mais lui n’en a que fichtre) ou lire quelques pages flottantes de Duras ou bien encore – comme c’est le cas aujourd’hui – vous plonger dans le réel, loin de Dylan, dans le prospectus de l’équipe de La France Insoumise (FI ou Phi). Écoutez-la cette belle équipe…
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« Sans être forcément  d’accord sur tous les sujets, je crois que nous réagissons de la même façon : on ne peut vivre heureux au milieu d’une marée montante de misère ou de gêne. On ne peut vivre content quand des ouvriers qui défendent leur emploi sont condamnés à de la prison ferme. Surtout quand de puissants personnages restent impunis. (…) Nous ne supportons plus qu’on se paye de mots avec la République et ne voir partout que des monarques, petits et grands, usent du pouvoir comme d'un privilège personnel. Monarchie présidentielle, richesses produites par le travail de tous accaparées par une poignée d’oligarques, inégalités révoltantes, communautarisme haineux, l’argent maître de toutes décisions, non, ca ne peut plus durer… (…) Nous allons affronter d’acides campagnes de dénigrements et de falsifications, des flots d’argent, des pluies de sondages improbables, un concert médiatique permanent pour faire de cette élection une nouvelle fois une comédie personnalisée sans perspectives. Tout sera fait pour nous écarter du seul but qui nous motive : permettre à chacun de mener une vie vraiment humaine, libérée de l’angoisse du lendemain sur une planète respectée et dans un monde pacifique…
Les malheurs dans lesquels s’enfonce le pays ne tombent pas du ciel. Ce sont les résultats concrets de politiques froidement décidées. Elles sont menées au service de la finance dans toute l’Europe, sous la main de fer de la Commission européenne, en application des traités européens imposés aux Français par supercherie ! Nicolas Sarkozy hier, avec ses gouvernements du centre, de la droite et des transfuges du PS, est coupable. François Hollande, ensuite, avec ses gouvernements PS/EELV qui ont mutilé la vie de millions de personnes, est coupable. Ils ont abaissé le pays et piétiné nos principes républicains les plus essentiels. Les deux comptent sur l’épouvantail Le Pen pour vous faire abandonner vos convictions à la porte du bureau de vote au premier comme au deuxième tour. Ces trois-là sont très forts quand tout le monde a peur. Peur de tout, et même d’eux quand le dégoût qu’ils inspirent pousse à l’abstention. » (in : www.jlm2017.fr)
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vendredi, décembre 09, 2016

561_ HADJ MOHAMED-TAHAR FERGANI


Comme une habitude, mais c'est une habitude, vous vous réveillez, prenez votre petit déjeuner, vous allumez la radio, normal (ici RAS)...  vous allumez votre ordi, votre internet, votre Facebook... Et voilà. Certaines infos (ou rumeurs) sont délirantes sérieuses, d'autres sont rigolotes, d'autres beaucoup moins. Cela dépend des jours. Là, ce matin, je suis tombé sur un facebooker annonçant la disparition du cheikh.... 


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Mohamed Tahar Fergani. Salah Bey (Galou La3rab Galou)- Merci HadjoutMarengo_ V 09 12 2016








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 محمد الطاهر  فرقاني ـ يا ظالمة
 Merci Algeria voice- V 9 12 2016_




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Décès de Mohamed Tahar Fergani, le maître de la chanson classique algérienne

avec AFP - Jeudi, 8 Décembre, 2016 Humanite.fr

Le maître de la chanson classique algérienne dite arabo-andalouse, Mohamed-Tahar Fergani, est décédé mercredi soir à Paris à l'âge de 88 ans après une carrière de près de 70 ans, ont annoncé jeudi les médias algériens.

Mohamed Tahar Fergani est considéré comme le maître absolu du malouf, dont les racines plongent à Séville (Espagne) et qui a pour berceau Constantine, la capitale spirituelle de l'est algérien. Cette ville avait accueilli de nombreux réfugiés, juifs notamment, après la perte de l'Andalousie par les Arabes. Dans les années 1950, la plus grande figure de cette musique était Raymond Leiris, le beau père du chanteur français Enrico Macias, lui-même natif de Constantine.

Né en 1928, Mohamed-Tahar Fergani a d'abord pratiqué la chanson orientale, dans le genre égyptien. Le virtuose du violon a ensuite pris le virage du malouf à partir de 1951. Il a réalisé des centaines d'enregistrements et sa dernière prestation en public remonte à juillet 2015. Le chanteur doit être inhumé à Constantine où sa dépouille sera exposée à la Maison de la culture pour un dernier hommage de ses admirateurs.

http://www.humanite.fr/



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Algérie : décès du maître du malouf Mohamed Tahar Fergani

Jeune africue- 08 décembre 2016 à 13h34

Le chanteur algérien Mohamed Tahar Fergani est mort mercredi soir à Paris à l'âge de 88 ans, après une carrière de près de 70 ans, a annoncé ce jeudi le ministre algérien de la Culture.
Mohamed Tahar Fergani, considéré comme le maître absolu du malouf (musique dite arabo-andalouse), doit être inhumé à Constantine où sa dépouille sera exposée à la Maison de la culture pour un dernier hommage de ses proches et ses fans dès son retour de Paris, a précisé ce jeudi 08 décembre à l’agence APS une source de la direction de la culture.
Virtuose du violon et de la chanson
Né en 1928 à Constantine, dans une famille de musiciens, ce virtuose du violon a d’abord pratiqué la chanson orientale, dans le genre égyptien.
Puis en 1951, il remporte le premier prix d’un concours musical à Annaba, où il se fait remarquer. Il enregistre ensuite un premier album, qui l’impose comme chanteur populaire et référence du malouf, rappelle l’APS.
Il compte à son actif des centaines d’enregistrements de chansons malouf, mais également dans d’autres genres populaires musicaux algériens comme le mahjouz, le zjoul et le hawzi.
Sa dernière prestation publique remonte à juillet 2015 – il avait 87 ans – dans le cadre de la manifestation « Constantine, capitale de la culture arabe ».
Plusieurs artistes ont tenu à saluer la mémoire de Mohamed Tahar Fergani. À l’instar du chanteur Layachi Eddib, un des interprètes les plus en vue du malouf constantinois, qui a parlé à l’APS d’un « artiste exceptionnel » au parcours « unique » ayant porté le malouf constantinois « au-delà des frontières algériennes ».
Un « monstre sacré » de la musique populaire qui a brillé par sa manière d’interpréter des pièces rares du malouf comme El Boughi, Galou Lâarab galou ou encore Ya Dhalma, a pour sa part salué Smail Hini, le président de l’association de musique andalouse El Inchirah.
Le jeune chanteur de malouf Abbas Righi, confie quant à lui avoir perdu « une idole » et un « maître au grand cœur »,  toujours « accessible, modeste et à l’écoute des jeunes » chanteurs.
Un art apprécié
De son côté, le directeur de l’Opéra d’Alger, Noureddine Saoudi, a estimé que la disparition de Mohamed Tahar Fergani laisserait un « grand vide » dans le paysage culturel algérien.
Réagissant sur sa page Facebook, le ministre algérien de la Culture, Azzedine Mihoubi, s’est dit très attristé par le décès du chanteur, déplorant la disparition d’un des « plus grands artistes » algériens qui a consacré sa vie à « la préservation [du malouf], un art raffiné et apprécié » dans le pays.

http://www.jeuneafrique.com



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Suite au décès du monument du Malouf survenu mercredi à Paris, le Président de la République Abdelaziz Bouteflika a tenu à lui rendre hommage. Le Chef de l’Etat a indiqué dans un message adressé à la famille de la culture que l'Algérie perdait en l'artiste El Hadj Mohamed Tahar Fergani "un monument de sa culture et de sa scène artistique" louant les qualités du défunt, sa loyauté pour la patrie et son souci permanent d'accomplir au mieux sa mission artistique à l'intérieur du pays et à l'étranger.
"J'ai appris avec affliction le décès du grand maître du Malouf et le grand ami El Hadj Mohamed Tahar Fergani, rappelé à Dieu après une longue vie riche en apport et en créativité, en ce mois béni où nous célébrons le Mawlid Ennabaoui et tout en me joignant à votre douleur qui est celle de l'Algérie tout entière en cette épreuve, je prie Dieu, Le Tout-puissant, d'accorder au défunt sa sainte miséricorde et de vous prêter courage et réconfort", a écrit le Président Bouteflika dans un message de condoléances à la famille de Hadj Mohamed Tahar Fergani.
"En cette douloureuse circonstance, qui nous endeuille en la perte d'un chantre de notre culture, je vous présente à vous tous et, à travers vous, à tous les membres de sa famille, ses proches, ses amis, ses admirateurs et à toute la famille artistique algérienne mes condoléances les plus attristées priant Dieu Tout-puissant d'accueillir le défunt dans Son vaste Paradis et de lui accorder les meilleurs rétributions pour son dévouement et son précieux apport au service de l'art et de la patrie," a ajouté le chef de l'Etat.   
"Le peuple algérien, tout autant que moi, se souviendra à jamais, des qualités de Hadj Mohamed Tahar Fergani, dépositaire du legs des aïeux et serviteur de la culture de son peuple, de son dévouement et de sa loyauté pour sa patrie et de son souci permanent d'accomplir au mieux sa mission artistique tant à l'intérieur du pays qu’à l'étranger", lit-on encore dans le message.
"Connaissant toute la déférence que les Algériens et les Algériennes témoignent à notre grand artiste, je puis affirmer que le souvenir de notre regretté restera vivace dans nos coeurs ainsi que dans notre mémoire nationale à travers l'oeuvre monumentale qu'il laisse en héritage mais aussi grâce aux dépositaires de son art parmi ses enfants et ses petits enfants et ses disciples qui conserveront précieusement le Malouf", a poursuivi le Président Bouteflika.
"Conscient que mes propos ne sauraient apaiser la douleur du peuple algérien que la perte, les unes après les autres, des figures de proue de sa culture endeuille profondément, je m'en remets toutefois à la volonté de l'Omnipotent qui a réservé aux résignés les meilleurs rétributions", a conclu le chef de l'Etat. 
La dépouille rappatriée et inhumée vendredi
La dépouille du maître du Malouf, Mohamed-Tahar Fergani, sera rappatrié vendredi et inhumé à Constantine le même jour.
Biographie du maître du Malouf
De son vrai nom,  Regani Mohamed-Tahar, il est né le 9 mai 1928 dans l’antique Cirta, au sein d’une famille de musiciens. Son père, Cheikh Hamou Fergani (1884-1972) était lui-même chanteur et compositeur du genre Hawzi.  

Mohamed Tahar Fergani a, d'abord, débuté sa carrière artistique dans le genre oriental Egyptien au sein d'une troupe musicale, avant de changer de registre et de s’orienter vers le Malouf, un style musical propre à la ville de Constantine, sous l’influence des Cheikh Hassouna Ali Khodja et  Baba Abid.
En 1951, à Annaba, il se fait remarquer lors d’un concours musical, dont il remporte le premier prix, et, dans la foulée, enregistrer un premier album qui l'impose, à la fois, comme chanteur populaire et maître du Malouf.
Au contact des grands maîtres du style Arabo-Andalou Algérien, tels Dahmane Ben Achour ou Abdelkrim Dali, il perfectionne, peu à peu son art.
Sa voix exceptionnelle et sa maitrise inégalable de l’archet, ont fait de lui le maître incontesté de l’école du Malouf Constantinois.
L’artiste disparu compte, par ailleurs, à son actif des centaines d'enregistrements de chansons dans divers genres musicaux à l‘exemple du Mahjouz, du Zjoul et du Hawzi, qui ont contribué à préserver le patrimoine musical de Constantine.
La dernière apparition en public du maitre s'est produite en juillet 2015, lors d’un hommage rendu à son père Hamou Fergani et de son frère Mohamed- Seddik, dit Zouaoui, durant la manifestation « Constantine, capitale de la culture Arabe », au cours de laquelle il avait donné le ton à une qaâda purement Constantinoise saluée par des tonnerres d'applaudissements. 
La dépouille rapatriée vendredi  
 La dépouille du maitre du malouf Hadj Mohamed Tahar Fergani, décédé mercredi dans un hôpital à Paris (France), sera rapatriée demain vendredi, a indiqué jeudi le petit fils du chanteur, Adlene Feragni.
Les procédures d’usage pour le rapatriement sont "en voie de

finalisation", a assuré la même source.
La mémoire vivante du malouf est décédée à l’âge de 88 ans des suites d'une longue maladie. Sa dépouille sera exposée dès son arrivée à la maison de la Culture Malek Haddad de Constantine, a indiqué une source de la direction de la culture.
L'enterrement aura lieu le jour même (vendredi), probablement après la prière du Dohr, selon la même source.





http://www.radioalgerie.dz

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Lire aussi :





lundi, novembre 28, 2016

560_ Salon du livre d'Istres: 4° édition



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J’ai participé hier, dimanche 27 novembre, à la 4° édition du salon du livre d’Istres, de « A portée de mots ». Il n’y a pas eu de raz de marée, tant s’en faut, mais le plaisir de se retrouver, d’échanger, de découvrir de nouveaux auteurs, de nouveaux écrits est important aussi, au-delà des ventes. Après l’allocution du directeur de l’organisation (la MPT) monsieur Loïc Geffrault, madame l’adjointe à la culture de la mairie d’Istres est intervenue, comme l’année précédente pour féliciter les participants et les trois lauréats du concours de nouvelles que sont Michèle Obadia- Blandin (1°) avec « Etoile filante », Emmanuelle Sarrouy (2°) avec « Si seulement Alice… » et Peggy François (3°) avec « A s’y méprendre ». Une collation a suivi.












Photo de Anaïs M.





lundi, novembre 21, 2016

559_ La Plume francophone et "L'Arabe chez Camus"


Je partage avec vous cet article sympathique de notre ami ALI CHIBANI consacré à mon ouvrage "L'Arabe dans les écrits d'Albert Camus" (Incipit en W- 2013)

 

 ALI CHIBANI
in:





samedi, novembre 12, 2016

558_ Adieu Suzanne...


C’était en 1973. J’avais l’âge de toutes les folies et même deux ans de plus. Et le diable au corps. Je me trouvais dans un pays lointain, aujourd’hui à deux clics de souris, à deux doigts donc. Mais à l’époque, ce pays qui nous faisait rêver était pour nous – nous la bande ‘Snouci and C°’ du quartier Michelet d’Oran bande à laquelle s’est jointe Suzanne L. fraîche émoulue de La Sorbonne, enseignante à la fac de Lettres d’Oran Sénia – le bout du monde. Ce pays est la Suède. Je me trouvais en Suède donc et plus exactement à moitié allongé sur un sofa blanc dans un grand appartement de Farsta. Farsta est un joli bourg dans le sud de Stockholm. J’étais plus ou moins allongé avec dans la main une cannette de je ne sais plus trop quoi. Il me reste dans mes souvenirs qu’elle était sacrément énergisante. Dans la pile de vinyles j’avais choisi un morceau très en vogue, « Suzanne takes you down to her place near the river/ You can hear the boats go by/ You can spend the night beside her/ And you know that she's half crazy… »

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Dans l’appartement, qui était très spacieux, vivait une demi-douzaine de personnes, toutes – je le saurais plus tard – aussi sympathiques et farfelues que déglinguées. C’était Suzana, une fille que j’avais connue à Paris qui m’y avait invité. Nous avions fait le trajet ensemble en stop de la Porte de Clichy à Stockholm. Trois jours. Ce jour-là, un samedi, je m’en souviens bien car Suzana m’avait proposé d’aller voir ensemble Viskningar och rop de Bergman, à son retour. Elle était partie voir sa mère je ne sais plus où. Les autres co-locataires étaient eux aussi absents. « But that's why you want to be there/ And she feeds you tea and oranges/ That come all the way from China/ And just when you mean to tell her/ That you have no love to give her » Les Suzanne m’envoutaient. De sa voix profonde Cohen nous embarquait auprès de lui, il nous invitait aux voyages les yeux fermés en toute confiance.


Suzana



J’étais plus ou moins allongé en sirotant mon jus de je ne sais plus quoi, lorsque j’entendis un bruit de clé dans une serrure. Le temps de me retourner, un mec était planté , un pack de Carlsberg V dans les bras. Il était bien éméché. Et même plus qu’éméché. Je me suis levé comme un soldat, prêt à se mettre au garde-à-vous. Que faire d’autre à 22 ans ? « Hi » j’ai dit en tendant la main, peu rassuré. Le gars m’a regardé un moment. N’a pas répondu à la main tendue. Il s’est affalé sur un fauteuil, puis a posé avec délicatesse le pack de bière sur une table basse. « U come here with Suzana, is n’t man ? » Et l’autre là-bas sur le tourne-disque qui se fichait de la situation et qui chantait encore « Then she gets you on her wavelength/ And she lets the river answer/ That you've always been her lover ». J’ai dit « Suzana, heu, yes, yes… » Je ne savais quoi dire en fait, car le type ne m’inspirait pas confiance. Le visage déformé il a baragouiné je ne sais quoi, a porté son bras droit dans la poche arrière de son pantalon pour en extraire un objet noir qu’il a tendu vers moi. « Cohen se fiche de moi » ai-je pensé. Il n’arrêtait pas. « And she shows you where to look/ Among the garbage and the flowers/ There are heroes in the seaweed/ There are children in the morning/ They are leaning out for love/ And they will lean that way forever/ While Suzanne holds the mirror » « This is for you guy » cracha le voyou. Le « this » signifiait l’objet qu’il tenait fermement dans la main. Et il disait qu’il me le destinait. Je n’avais pas trop vite saisi. Était-ce une plaisanterie ? Le gars ne souriait pas. Son regard, sa bouche, son visage, exprimaient plutôt de la colère. Je compris au terme d’un moment qui me parut une éternité que décidément non, le malfrat ne rigolait vraiment pas. Mais alors pas du tout. J’ai tenté d’entamer une discussion avec lui. Sur le bout des doigts ou des pieds. Plutôt des pieds. 


Le type était occupé à dégoupiller une Carlsberg, il cherchait dans sa poche avec sa main libre un instrument pour. L’autre main tenait fermement un révolver. Le moment était propice. J’ai réussi à m’extraire de la nasse qu’était devenu l’appartement, j’ai dévalé je ne sais comment les trois étages de l’immeuble, traversé la cour, suis sorti dans l’avenue, ai couru, couru, couru, sans me retourner jusque dans Djurgarden, un grand parc où se promenaient des centaines de personnes au sein desquelles je me suis fondu. Et j’entendais au loin Suzanne, « And you want to travel with her/ And you want to travel blind/ And you know that you can trust her/ For she's touched your perfect body with her mind. » Je ne voulais rien d’autre que « voyager avec elle… voyager les yeux fermés » Je savais que je pouvais lui faire confiance… »


Le soir, lorsque la nuit se fut bien installée, Suzana me raconta l’histoire de ce type « il est un peu dérangé, il n’est pas méchant, non, il dit toujours qu’il va tuer quelqu’un. He always says that ! ». C’était en 1973. J’avais l’âge de toutes les folies et même plus.
22 et quelques... à Norrekoping


Leonard Cohen est mort, mais pas Suzanne. Aucune des trois. La suédoise est grand-mère, l'égérie d'Oran a retrouvé Paris et Suzanne l'éternelle est en nous tous.  Elle sont toutes plus vivantes que jamais. Je les entends encore, quarante ans plus tard et quelques rides, me fredonner notre air préféré, « And you want to travel with her/ And you want to travel blind … » 

Si vous souhaitez rencontrer Suzanne, l’écouter, c’est simple. Cliquez ici : 
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Oran, samedi 12 novembre 2016
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Les paroles.




Suzanne takes you down to her place near the river


Suzanne t'emmène chez elle près de la rivière


You can hear the boats go by


Tu peux entendre les bateaux voguer(1)


You can spend the night beside her

Tu peux passer la nuit auprès d'elle

And you know that she's half crazy

Et tu sais qu'elle est à moitié folle

But that's why you want to be there

Mais c'est pour ça que tu veux rester

And she feeds you tea and oranges

Et elle te nourrit de thé et d'oranges

That come all the way from China

Qui ont fait tout le chemin depuis la Chine

And just when you mean to tell her

Et juste au moment où tu veux lui dire

That you have no love to give her

Que tu n'as aucun amour à lui donner

Then she gets you on her wavelength

Elle t'entraîne dans ses ondes

And she lets the river answer

Et laisse la rivière répondre

That you've always been her lover

Que tu es son amant depuis toujours

And you want to travel with her

Et tu veux voyager avec elle

And you want to travel blind

Et tu veux voyager les yeux fermés

And you know that she will trust you

Et tu sais qu'elle aura confiance en toi

For you've touched her perfect body with your mind.

Car tu as touché son corps parfait avec ton esprit.

And Jesus was a sailor

Et Jésus était un marin

When he walked upon the water

Quand il marchait sur l'eau

And he spent a long time watching

Et il passa très longtemps à observer

From his lonely wooden tower

Du haut de sa tour solitaire en bois

And when he knew for certain

Et quand il eût la certitude

Only drowning men could see him

Que seuls les hommes sur le point de se noyer pouvaient le voir

He said All men will be sailors then

Il dit tous les hommes seront des marins alors

Until the sea shall free them

Jusqu'au moment où la mer les libérera

But he himself was broken

Mais lui-même fut brisé

Long before the sky would open

Bien avant que le ciel ne s'ouvre

Forsaken, almost human

Abandonné, presque humain

He sank beneath your wisdom like a stone

Il sombra sous ta sagesse comme une pierre

And you want to travel with him

Et tu veux voyager avec lui

And you want to travel blind

Et tu veux voyager les yeux fermés

And you think maybe you'll trust him

Et tu penses que peut-être tu lui feras confiance

For he's touched your perfect body with his mind.

Car il a touché ton corps parfait avec son esprit.

Now Suzanne takes your hand

Maintenant Suzanne prend ta main

And she leads you to the river

Et te conduit à la rivière

She is wearing rags and feathers

Elle est vêtue de haillons et de plumes

From Salvation Army counters

Venant des guichets de l'Armée du Salut

And the sun pours down like honey

Et le soleil coule comme du miel

On our lady of the harbour

Sur notre dame du port

And she shows you where to look

Et elle t'indique où regarder

Among the garbage and the flowers

Au milieu des déchets et des fleurs

There are heroes in the seaweed

Il y a des héros dans les algues

There are children in the morning

Il y a des enfants dans le matin

They are leaning out for love

Ils s'inclinent par amour

And they will lean that way forever

Et ils s'inclineront ainsi pour l'éternité

While Suzanne holds the mirror

Pendant que Suzanne tient le miroir

And you want to travel with her

Et tu veux voyager avec elle

And you want to travel blind

Et tu veux voyager les yeux fermés

And you know that you can trust her

Et tu sais que tu peux lui faire confiance

For she's touched your perfect body with her mind.

Car elle a touché ton corps parfait avec son esprit.





(1)  littéralement passer ( mais fallait éviter la répétition de passer )


Merci à : w.lacoccinelle.net