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mardi, décembre 30, 2008

118- Massacres israéliens



Les semailles du sieur Hitler

Abdou B.
Le Quotidien d’Oran 30 décembre 2008

in: http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=5653


« Il n’y a pas de mal plus grand, et des suites plus funestes, que la doléance d’une tyrannie qui la perpétue dans l’avenir ».

(Montesquieu)

Qu’ils soient feints, naïfs ou simplement dus à de l’émotion, les propos et postures des dirigeants arabes sont simplement lamentables et, surtout, donnent aux peuples une lecture amplement déconnectée du réel du monde en ce siècle. Pour perpétrer ces crimes à répétition, un holocauste qui ira jusqu’à son terme planifié, Israël n’a besoin d’aucun feu vert et n’attend aucune sanction éventuelle des maîtres du monde. Puissance nucléaire, l’Etat juif l’a été avec la bénédiction totale des USA et de l’Europe, contre un cahier des charges nulle part écrit et, cependant, respecté par Tel Aviv et ses parrains. L’extermination des Palestiniens se poursuivra jusqu’au dernier résistant, et tous les moyens sont permis, sinon conseillés et modulés, selon les erreurs et les renoncements des Palestinisiens et des régimes arabes qui n’ont strictement aucun rôle à jouer en faveur des victimes de l’holocauste des temps modernes.

Les rôles dévolus à Israël par les puissances qui contrôlent l’Organisation des Nations unies, au sein de laquelle, les régimes arabes font et feront de la figuration tout en jouant des sketchs écrits par de puissants tuteurs, sont connus. Ils sont connus parce qu’ils ont toujours été affichés clairement, et parce que le fondement principal est qu’il ne saurait être question d’un Etat palestinien vivant dans des frontières sûres et garanties par d’éventuelles puissances signataires non arabes. Et parce que la paix dans une région stratégique, où l’élément démographique jouerait en faveur d’un régime palestinien démocratique, est simplement inacceptable pour Israël, les Etats-Unis, l’Europe et pour beaucoup de dynasties arabes. Les étapes qui confortent cette thèse pessimiste ont été annoncées, appliquées et d’autres sont planifiées. Les colonies juives en Palestine se poursuivront, selon un temps, des conjonctures plus ou moins favorables pour mieux pousser les non Juifs à l’exil, à se replier dans des réduits (style Varsovie sous Hitler), faciles à contrôler par tous les moyens modernes de surveillance, par le débit consenti par Israël pour l’alimentation, l’énergie électrique, le carburant, les médicaments, enfin par tout ce qui concourt à faciliter la mortalité infantile, les maladies et la désespérance qui fragilise toute société humaine.

La prochaine étape stratégique, destinée à renforcer le parapluie protecteur d’Israël, est annoncée, connue de tous les dirigeants de la planète. L’adhésion balisée à l’Europe n’est plus qu’une question du temps qui sera raccourci et de procédures qui seront allégées, facilitées, accélérées pour qu’Israël devienne « européen » comme l’indiquent une « géographie modulée », une religion, une histoire commune et une économie de guerre qui fait tourner des complexes aux USA et en Europe. Le soutien logistique fourni par les médias et des journalistes occidentaux peu regardants sur l’éthique, comme l’Ayatollah Hervouet qui officie sur LCI, accompagne les consciences. On dira « les installations du Hamas » pour les administrations et les commissariats à Ghaza. On dira « des bases de roquettes » pour les immeubles d’habitation, les enfants et les personnes âgées, qui sont hachés menu, passeront pour des « activistes », « des radicaux », sinon des terroristes. L’équilibre démographique est travaillé sur la base d’un Israëlien tué contre 200, 300 ou 400 Palestiniens assassinés. Les blessés, quant à eux, sont trop nombreux pour être comptés. Les dirigeants européens et d’autres arabes prendront des mines graves pour lancer des « de la retenue, messieurs, de part et d’autre ». Et le tour est joué avec un point d’orgue qui est la réunion, fort coûteuse à chaque fois, des dirigeants arabes pour une sorte de « prière de l’absent ».

Israël est une tyrannie mandatée, protégée, qui durera dans sa forme actuelle, tant qu’elle sera une tyrannie, allergique à la paix avec ses voisins, surtout s’ils sont les véritables propriétaires d’espaces où ils sont indésirables. L’Etat juif a des alliés sûrs, pour toujours, et des complices passifs ou actifs, complaisants ou trop lâches pour simplement taper sur la table. Ce que pensait le roi Hassan II de l’Union africaine, Israël le pense de l’ONU et de la Ligue arabe. Des « machins » budgétivores chargés d’anesthésier les récalcitrants et d’obéir à l’Amérique, quel qu’en soit le président. Le terrorisme de l’Etat hébreu, légitimé et légalisé par la théorie de l’indescriptible pétrolier texan sur la lutte antiterroriste et la chasse aux armes de destruction massive, n’a pas fini de massacrer, d’organiser avec méthode l’holocauste digne du sieur Hitler qui considérait les Juifs comme des sous-hommes, avec le soutien passif de dirigeants européens et du Vatican. Une fois devenu « le Peuple élu », de nombreux Israéliens font récolter aux Palestiniens les semailles du chef du IIIè Reich qui rêvait d’extermination.

La suite est plus ou moins connue, sinon espérée, par les faucons à Tel Aviv, à Paris, en Amérique et ailleurs. Des Arabes et des musulmans jeunes et désespérés vont s’ingénier à reprendre le flambeau de Ben Ladden.

Des kamikazes, des bombes humaines vont apparaître. A court, moyen ou long terme, des violences vont s’abattre sur des innocents en Europe. Du sang va couler encore en Israël, en Palestine, parce que le cycle ravageur est nécessaire à l’Etat juif, aux constructeurs d’engins de mort, aux fournisseurs d’équipements militaires. Le nucléaire militaire va se démocratiser avec le soutien de tous les humiliés, car Israël est un danger permanent pour la paix dans le monde, tant qu’il refusera la paix et tant qu’on refusera de la lui imposer. Les semailles du sieur Hitler n’ont pas fini d’être récoltées par des Israéliens et des Palestiniens, destinés pourtant à cohabiter sérieusement.


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Voici un texte que j'avais écrit il y a deux ans. Il est d'actualité:


in: [ http://www.algeria-watch.org/fr/article/tribune/hanifi_revolte.htm ]

Je suis révolté

Je suis révolté contre les carnages des populations libanaise et palestinienne que perpétuent impunément les hordes barbares de l'Etat hébreu. Je suis indigné au-delà des mots contre l'injustice que subit toute la population d'un pays indépendant, le Liban, du fait de l'Etat juif, mais aussi celle des populations palestiniennes pour avoir voté démocratiquement (avec certification occidentale). Je suis révolté par la solidarité directe ou tacite des pays occidentaux aux terroristes israéliens. Je suis révolté par la lâcheté sans fin de nombre de dirigeants corrompus de pays arabes avec à leur tête ceux d'Arabie Saoudite, premier des soutiens traditionnels à la politique impérialiste étasunienne. Je suis révolté par tant d'hypocrisie de nos amis politiques anticolonialistes français de gôche. Je suis révolté par le silence médiatique français complice, horm
is deux ou trois exceptions, qui se contente d'énumérer les cadavres arabes sans analyser dans le fond la genèse du conflit Israélo-" Arabe " et de ce qu'à long terme Israël vise dans la région. Ces mêmes médias qui s'empressent de commémorer en moyenne une fois par semaine (cela peut aisément se vérifier) à tour de rôle, tel ou tel événement lié à la seconde guerre mondiale " afin que nul n'oublie " faisant ainsi obstacle à quiconque s'aventurerait dans la critique de l'Etat colonial sioniste, au nom d'un passé encore inexpurgé. Je suis révolté par ma propre impuissance. Nous sommes très nombreux aujourd'hui à nous sentir par la force des choses très proches du Hizb-Allah libanais et plus encore dans le monde à penser que cette incommensurable injustice faite aux populations du Sud et notamment depuis un demi-siècle aux palestiniens ne peut demeurer indéfiniment impunie. Nous exprimons notre révolte par la plume ou par des marches, mais une minorité elle, radicale, nourrie par un désespoir quotidien plongera à coup sûr, dans les bras de Ben Laden et de ses émules, jusqu'au-delà de la mort et sans discernement car pense-t-elle, telle est l'unique issue à l'injustice de l'Occident. Alors seulement celui-ci se posera de nouveau La question : " mais pourquoi ? " Comme en 2001.

Ahmed HANIFI, formateur. Marseille, le 20 juillet 2006.

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in: Le Quotidien d'Oran, 30 décembre 2008


Colère impuissante de la rue arabe

Par M. Saâdoune,
345 morts, plus de 1.400 blessés. Le bilan des attaques aériennes barbares de l'armée israélienne contre la population de Ghaza s'aggrave d'heure en heure. Dans le monde arabe, les officiels, soucieux de ne pas déplaire aux Américains, se livrent à des atermoiements alors que les opinions publiques expriment, là où elles le peuvent, une rage impuissante.
«Nous livrons une guerre sans merci contre le Hamas et ses alliés», a affirmé le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak. Sur Al-Jazira, à qui elle a reproché de trop montrer les images du carnage, la ministre des Affaires étrangères israélienne, Tzipi Livni, a laissé entendre que les «modérés» arabes faisaient preuve de «compréhension». De là à penser que ces dirigeants arabes dits modérés lui ont demandé de détruire le Hamas, il n'y a qu'un pas que les opinions publiques ont déjà franchi.
Si les Etats arabes étaient des démocraties, la plupart des gouvernements seraient tombés. Ces jours de carnage démontrent, de manière saisissante et sanglante, que le centre occidental a besoin que les régimes autoritaires arabo-islamiques perdurent. Il ne faut donc pas se surprendre à lire dans la presse occidentale que les tirs de roquettes de la résistance palestinienne sont des «crimes de guerre» et que les bombardements aériens israéliens ne sont que de la légitime défense. Le discours des propagandistes israéliens consiste à imputer les pertes civiles palestiniennes au Hamas. Certains, y compris dans la cour du fantomatique président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, relaient ce discours de justification.
Les civils, cible principale
En réalité, dans la configuration de Ghaza, le territoire le plus densément peuplé du monde, les civils ne sont pas des victimes collatérales. Ils sont la cible principale au regard de l'objectif israélien qui est d'éliminer le Hamas de la carte. En sommant, deux jours avant le début de l'agression, la population de Ghaza de se détourner du Hamas, Ehud Olmert a fixé la cible à frapper pour atteindre ce but politique. En outre, le terme de «guerre» est utilisé abusivement. La disproportion des moyens militaires disqualifie totalement le terme de guerre. C'est bien un massacre mené méthodiquement par l'armée de l'air israélienne pour casser la volonté de résistance des Palestiniens. Dans ce massacre, les fascistes de Tel-Aviv ne font pas de distinction entre des militants palestiniens et des civils. Ce sont tous des Palestiniens à abattre.
La disproportion des moyens militaires fait que le Hamas enregistre de lourdes pertes, mais l'idée que celui-ci puisse l'annihiler politiquement à Ghaza n'est pas réalisable. Le Hamas a démontré ses capacités d'endurance en tenant malgré l'embargo et le siège imposé à Ghaza. Le but israélien de l'élimination définitive du Hamas ne pourrait être réalisable qu'en cas d'invasion terrestre du territoire. Le résultat n'est pas assuré, mais une opération au sol induira un coût humain qu'Israël devra supporter.
Tuer la résistance qu'elle soit islamique, laïque ou nationaliste
Cheikh Nasrallah a souligné à juste titre que ce n'est pas «l'islamisme» du Hamas qui pose problème aux Américains. Ceux-ci s'accommodent en effet des partis islamistes, en Afghanistan, en Irak, du moment qu'ils sont dans une logique de soumission. Tout comme le Fatah sous Arafat a été longtemps infréquentable, avant... l'arrivée des pseudo-réalistes. C'est donc bien la résistance, ce mot devenu insupportable chez les gouvernements arabes faussement modérés - puisqu'ils sont radicaux dans la répression des mouvements des populations -, qui est en cause.
Sa coloration politique, islamiste, laïque ou nationale, importe peu. Si les islamistes «agréés» veulent enfermer les femmes, les Etats-Unis seront prêts à livrer les serrures. C'est donc bien pour sa position de résistance patriotique et non pour son islamisme - il faut apparemment le répéter à nos «modernes» - que le Hamas est attaqué, tandis que les «modérés» arabes ont la mission de développer un discours équivoque dont la finalité est bien de justifier l'inaction.
Hier, les avions israéliens ont «courageusement» continué à bombarder le territoire de Ghaza. Les militants palestiniens, ces «gêneurs» des gouvernements dits «modérés», ont tiré des roquettes de fabrication artisanale. L'Egypte, suspectée d'avoir approuvé l'agression annoncée au Caire par Tzipi Livni, tente d'agir diplomatiquement en passant par la Turquie... et a annoncé que les aides humanitaires pouvaient passer par Rafah...
Mahmoud Abbas, dont le mandat prend fin le 8 janvier prochain, parle avec tout le monde sauf avec les dirigeants du Hamas. Il vient de lancer un appel à des discussions avec toutes les factions palestiniennes, y compris le Hamas. La première réaction du Hamas a été d'exiger de Mahmoud Abbas et de ses collaborateurs de cesser de justifier l'agression. Le chef des «négociateurs» palestiniens, Ahmed Koreï, a annoncé la suspension des pourparlers de paix avec Israël. Il est vrai que poursuivre des «pourparlers de paix» sous le carnage relève d'un humour de mauvais goût. En début de soirée, les Palestiniens ont commencé à évacuer l'hôpital Chiffa, directement menacé par l'armée israélienne.
Disque rayé et option radicale
Dans de nombreux pays arabes, des manifestations de colère ont été organisées. Mais au-delà, la «rue arabe» assiste avec une rage impuissante à un carnage de grande ampleur. Le fossé entre les régimes et la population ne fait que s'élargir. Mais les régimes autoritaires ayant verrouillé aussi bien les champs d'expression que les mécanismes de changement, ces colères n'auront pas de traduction politique. Les Etats veilleront à ne pas déplaire à Washington. D'où les tergiversations à tenir un sommet arabe qui, c'est prévisible, n'aboutira à rien d'autre qu'à aggraver le discrédit des régimes. Le colonel Kadhafi a pris les devants. Dénonçant les réactions «lâches et défaitistes» des Etats arabes, il a annoncé qu'il ne participera pas à «un sommet qui fait jouer un disque rayé depuis longtemps...».
Le monde arabe donne, en ces jours d'assassinats massifs, le spectacle classique d'une opinion publique en colère mais incapable de peser sur les politiques de gouvernements tremblant à l'idée d'un froncement de sourcils à Washington. De quoi conforter une partie de cette opinion que l'option radicale est la seule alternative.
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vendredi, décembre 26, 2008

117- Le silence de Mahomet de Salim Bachi

Ce n’est pas à proprement parler d’une recension. Je donne en vrac mes impressions à la suite de la lecture du « roman » de Salim Bachi « Le silence de Mahomet » (Gallimard 2008, 351 pages).

Je l’ai lu avec difficulté. Je ne l’ai pas lu d’une traite comme les précédents écrits de Salim Bachi. La lecture n’a pas été aisée. Le croyant ne sort pas indemne après la lecture du livre, même si SB écrit et répète que c’est un roman, que son écriture est libérée de l’Histoire : il sème néanmoins le doute. De quoi s’agit-il ? SB rapporte dans une « élaboration romanesque » des récits du temps ancien de la naissance de l’islam plus ou moins sous la forme d’un quadruple récit autobiographique, mais pas seulement. Les quatre personnages importants de l’Islam que sont Khadija, Abou Bakr, Khalid Ibn el Walid et Aïcha donnent à comprendre les balbutiements d’une révolution planétaire. Le temps raconté n’est pas linéaire.

Le prophète est subjugué par l’ermite Bouhayra qui lui prédit un destin exceptionnel. Mais le Dieu de celui-ci ne convenait pas à Mohammad. Très jeune (12 ans) il « essayait d’imaginer ce Dieu unique… », encouragé par son ami Abou Bakr. Mohammad voulait savoir pourquoi Dieu avait abandonné les arabes. Un ‘sceptique’ (mensonger) disait que le prophète était jaloux des juifs car Dieu s’adressait à eux alors que les arabes n’avaient pas leur propre religion révélée. SB humanise le prophète, à tel point qu’il en arrive à lui ôter son caractère sacré, son caractère d’homme Unique, choisi par Dieu pour en faire son Envoyé. Ainsi SB fait dire à Aïcha s’adressant au Prophète : « Ton Dieu, à ce que je vois, s’empresse de satisfaire tous tes désirs », ou encore (toujours Aïcha) : « Quand les gens m’interrogent – et ils viennent nombreux pour entendre parler de Mohammad -, je veille à laisser dans l’ombre ce qui doit y demeurer, tapi au plus profond de la mémoire. Ils ne comprendraient pas que l’homme de Dieu fût simplement un homme, et comme eux livré aux passions dévorantes. »

Les anecdotes sont nombreuses mais la richesse littéraire stylistique est affectée. Les phrases sont ‘simples’ aux tournures peu sophistiquées. ‘L’histoire’ a primé sur la littérature. Le mérite du livre est qu’il permet aux néophytes de répertorier et situer les plus importantes personnes ayant vécu auprès du prophète et de réaliser un arbre généalogique des différentes tribus de l’Arabie d’alors.

Ahmed HANIFI.

mercredi, novembre 05, 2008

116- OBAMA !


WE CAN, WE CAN DO IT.
WE DID IT ! Non, ILS l'ont fait. Les américains ont élu un métis à la tête de leur pays.


rue89.com

Barack Obama élu : cette fois, le monde dit merci à l'Amérique

Le premier président noir de l'histoire des Etats-Unis distance largement McCain. De Harlem à Honolulu, récit d'une journée historique.




► Lorsqu'un candidat arrive en tête dans un Etat, il remporte tous ses grands électeurs. Il en faut 270 pour être élu président.



McCain 156 Obama 338








Barack Hussein Obama sera le 44e président des Etats-Unis. C'est historique, parce qu'il est noir, et son élection aurait été impensable il y a encore quelques années. Il a mené sa campagne au centre, mais si l'on épluche ses votes au Sénat des dernières années, il a le profil d'un homme politique "libéral" au sens américain du terme, c'est à dire "de gauche".

La victoire est nette et sans bavure. Barack Obama, 47 ans, a été porté par un mouvement populaire puissant, nourri par la jeunesse américaine. Celle ci, attirée par cet homme qui a su "transcender les lignes" et se projeter dans l'avenir, a voté en masse pour le candidat Obama.

C'est un e première. En 1992, Bill Clinton avait lui aussi affiché une spectaculaire victoire, mais il a avait alors eu un sacré coup de pouce: la présence d'un troisième candidat, Ross Perot. C'est avec seulement 43 % des voix que Bill Clinton l'avait emporté; on oublie trop souvent qu'en face, les deux candidats de droite, George Bush et Ross Perot, avaient totalisé 56 % des voix...

Certes, le candidat républicain John McCain partait dans la course avec un handicap de taille: le bilan calamiteux du sortant, George W. Bush. Ce dernier va quitter le pouvoir après avoir semé la guerre et le chaos dans le monde et il lègue à ses compatriotes une situation économique désastreuse. Sur les enjeux essentiels (effet de serre, santé, pauvreté) il a fait perdre huit ans aux Etats-Unis.

Avec un tel bilan, il n'est donc pas surprenant que le balancier politique reparte vers les démocrates. Mais cela n'ôte rien au talent de campagne du candidat démocrate, qui a réussi un sans faute stratégique qui restera dans les annales des politologues.

S'il a gagné, c'est parce qu'il est en phase avec les Etats-Unis d'aujourd'hui

Pour gagner, Obama est parti du terrain, tout en maintenant une organisation très serrée de sa campagne; il a eu recours à des techniques de marketing viral, qui ont permis de galvaniser des militants qui ne s'étaient pas engagés auparavant; il a engrangé un financement extraordinaire, via une pluie de petits chèques; il n'a pas hésité à faire des incursions dans quelques territoires réputés républicains; il a mis l'accent, enfin, sur l'augmentation de la participation des sympathisants démocrates, en portant au stade industriel le démarchage politique.

S'il l'a emporté, c'est surtout parce qu'il porte un message en phase avec les Etats-Unis d'aujourd'hui. Pendant que George W. Bush guerroyait en priant Dieu, les Américains ont évolué différemment. Sur les questions sociétales (droits des gays, environnement, peine de mort...) comme sur les questions économiques et sociales. De plus en plus d'Américains jugent nécessaire que la puissance publique intervienne davantage pour lutter contre la pauvreté et soutenir l'économie.

Obama pourrait provoquer un vaste réalignement critique

Il ne faut pas trop s'attendre, à mon avis, à de grands changements sur la scène internationale. Même si ses intentions affichées de dialogue sont réelles, la politique étrangère est un paquebot qui met du temps à changer de cap.

Barack Obama pourrait en revanche, sur le plan idéologique, être l'architecte d'un de ces vastes réalignements critiques dont les Etats-Unis (Roosevelt, Reagan...) ont le secret. Bien élu, il a la légitimité pour conduire un tel changement vers une société plus juste. Secondé par un Congrès clairement démocrate, il dispose des outils pour avancer.

La période s'y prête: les Etats-Unis sont frappés par une crise financière sans précédent, et beaucoup d'américains souhaitent restaurer leur image dans le monde. Seul problème, de taille: le nouveau président ne disposera pas, hélas, d'une grande marge de manoeuvre budgétaire, tant son prédécesseur a déséquilibré les dépenses publiques.

Mais Obama y croit pourtant : "yes we can", a-t-il encore martelé hier, dans un beau discours de victoire. Ce que son élection signifie, a-t-il constaté, c'est que "l'Amérique peut changer".
P.R.

6h00. Obama prononce son discours de victoire à Chicago, devant 125 000 supporters:

"Si qui que ce soit parmi vous doute encore du fait que les Etats-Unis sont un endroit où tout est possible ; s'il se demande si le rêve de nos fondateurs est encore vivant aujourd'hui; s'il s'interroge sur le pouvoir de la démocratie... Cette soirée répond à ses questions".
P.R.

5h23. John McCain, à Phoenix (Arizona), s'est adressé à ses supporters pour leur déclarer qu'il venait d'appeler le sénateur Obama pour le féliciter de sa victoire. "Le peuple américain s'est exprimé clairement", déclare-t-il, digne. "Le Sénateur Obama a réalisé quelque chose de grand, à la fois pour lui et pour ce pays", a-t-il ajouté. La foule a répondu par un mélange de huées et d'applaudissements.

"Cette campagne restera le grand honneur de ma vie". Il a souhaité bonne chance à Obama et son "vieil ami Joe Biden". Il a conclut en déclarant: "Le sénateur Obama a été mon adversaire, il sera mon président."
P.R.

5h20. Je suis à Harlem en train de danser sur la 125e rue avec des milliers de personnes devant un écran géant avec le résultat d'Obama.

Un grand Obama en carton d'1,50 mètre passe au dessus de la foule. Il a l'air de marcher sur l'eau. Quelqu'un crie à John McCain qui apparaît sur un écran: "Who won? that one!" ("that one" en référence à la façon dont McCain avait désigné Obama lors d'un des débats).
La foule scande: "We vote! We count! We won". (nous votons, nous comptons, nous avons gagné). Le leader noir Jesse Jackson, qui apparaît sur un écran depuis Chicago, pleure.
G.F.

5h19. Joe Allen: après les grands esprits à l'EHESS, je rejoins les fêtards du IIe arrondissement de Paris. Au comptoir, on continue à boire. Il est 5 heures, beaucoup attendent la fin de la pluie pour prendre des taxis. Certains résistent: "Hé, on rentre pas! C'est quand même l'élection du premier noir à la tête des Etats-Unis! C'est historique! On le racontera à nos petits-enfants". La fête continuera ailleurs.Z.D.

5h05. Tous les médias américains annoncent la victoire de Barack Obama, qui devient le 44e président des Etats-Unis. P.H.

Barack Obama mardi (Jim Young/Reuters)

4h33. (De Cambridge, Massachusetts) Il est de moins en moins probable que McCain puisse se refaire ce soir, mathématiquement, c'est impossible, sauf à considérer que soit la Californie, l'Etat de Washington ou l'Oregon vote pour McCain, inimaginable...

On verra dans les jours qui viennent si certains républicains, les enrages, si l'on peut dire, mettent tout en oeuvre pour contester ce qu'ils peuvent. Mais ça semble relativement peu probable et ces rotomontades s'arrêteront sans doute demain.

Reste également à voir la réaction des extrêmistes du parti républicain, ceux qui s'informent sur Fox News ou les Talk Radio (genre Jay Severin ou Rush Limbaugh) et ont subis un bourrage de crane en regle sur le danger du candidat republicain. Esperons que Barack Obama saura rassurer et rassembler cette minorité. R.K.

4h30. (De Manhattan, New York) Le Huffington Post a changé sa une. Les décomptes ont fait place à un titre sobre: "President-Elect Obama" (Obama président élu). L.M.

4h17. (De Washington) Cela fait une heure que je scrute la Virginie, qui était donnée à John McCain en début de soirée. Normal: les premiers bureaux de vote à dépouiller se trouvent dans les zones rurales peu peuplées, qui votent républicain.

Il fallait attendre le retour des zones urbaines denses où se trouve l’électorat d’Obama: les Noirs et les classes moyennes supérieures blanches autour de Washington... C’est donc avec délice que j’ai vu, minute par minute, l’avance de McCain passer de 52 à 51 puis à 50, et ensuite l’écart de voix réelles se réduire: de 25000 à 15000, puis un quart d’heure après à 6 000… et ça y est!

A l’heure où j’écris, Obama est passé en tête de 18 000 voix (avec 86% de taux de dépouillement). Ça peut encore encore basculer, mais à mon avis c’est cuit pour McCain, et c’est un retournement historique: ces 13 mandats iront à un démocrate noir! J.V.

4h15. (De New York) Après l'Ohio, Obama remporte deux autres Etats gagnés par Bush en 2004, l'Iowa et le Nouveau Mexique, selon les projections des chaînes de télévision. L.M.

4h13. (De Washington) Il y a eu un intéressant jeu de perceptions croisées ces derniers jours, qui a profité aux démocrates et explique en partie la très large marge de victoire d’Obama ce soir.

L’équipe de McCain a fait semblant de croire en une victoire de son candidat, en un miracle en quelque sorte, pour galvaniser ses troupes. Et l'équipe de campagne d’Obama n’a pas cherché à répondre à cette affirmation, tout simplement pour maintenir aussi, de son côté, un haut niveau de mobilisation, entretenir la peur d’une surprise.

Moralité: les démocrates l’ont remporté au jeu des perceptions, ils se sont en effet rendus aux urnes en masse, alors que les républicains n’ont pas été très assidus. Apparemment, depuis quelques semaines, ils ne croyaient plus en la possibilité d’un miracle. Ainsi en Ohio, la participation côté républicain a été la plus faible depuis des années. Justin Vaïsse

A Time Square, New York (Clémentine Gallot)3h57. (De Manhattan, New York) Considérons (scénario hautement improbable) que McCain remporte tous les Etats non encore attribués, sauf la Californie, l'Oregon, Washington et Hawaï, qui sont de loin acquis à Obama. Il n'atteint pas la barre des 270 grands électeurs nécessaire pour être élu. Autrement dit, ça se présente plutôt bien pour Obama... L.M.

3h35. (De Manhattan, New York) Toutes les grandes chaînes (CNN, Fox, CBC, NBC) projettent la victoire d'Obama dans l'Ohio. C'est le premier Etat que Kerry n'avait pas remporté en 2004 qui est attribué à Obama. Un tournant dans la soirée électorale. En 2004, l'Ohio aurait pu faire basculer l'élection si Kerry l'avait remporté. Aucun candidat républicain n'a jamais gagné une élection présidentielle sans l'Ohio.L.M.

3h30. (De Cambridge, Massachusetts) Une bonne nouvelle pour les républicains, le sénateur du Kentucky, McConnel, quatre fois élu et leader de la minorité au Sénat et en mauvaise posture dans les derniers sondages, sera vraisemblablement réélu. Cela va être un peu plus compliqué pour atteindre le chiffre "magique" (60). R.K.

3h20. (De Harlem, New York) Devant le Lenox Lounge, le club de jazz historique de Harlem qui accueillit jadis Billie Holiday et Miles Davis, Kanye, photographe afro-américain du quartier raconte qu'il est allé voter à 6 heures du matin. Il dit qu'il se fiche un peu savoir de qui est élu, il veut juste "du changement."

A Harlem (Clémentine Gallot)

La réaction aux premières estimations est mitigée. Les résultats provisoires encourageants de la Floride et de la Pennsylvanie sont accueillis aux cris de "When is time? Now!". La pression monte.

Henry, un retraité du Mississipi installé à New York soutient qu'il a voté Obama parce qu'il croit en sa politique, pas parce qu'il est noir. "Difficile de dire ce qui changera, mais j'espère qu'il y aura plus d'égalité dans ce pays."

Un peu loin au bout du bar, Ward, 37 ans, ne se rappelle plus pour qui il a voté il y a quatre ans. Il se dit impressionné par l'intelligence du sénateur de l'Illinois et pense que son élection "va changer la perception mutuelle des races aux Etats-Unis." Clémentine Gallot

la soirée du DNC du 4 novembre 2008, Photo Pascal Riché

3h18.(De Washington) Je suis allé faire un tour au Mayflower, un des beaux hôtels de Washington où les démocrates du Democratic National Committee (DNC) ont organisé une soirée électorale (mezze, bières et petites brochettes). Je suis arrivé au moment où l'écran géant, branché sur MSNBC, donnait Obama gagnant en Pennsylvanie. Vous pouvez imaginer l'explosion de joie dans la salle. P.R. (Voir la vidéo).



3h08. (De Honolulu, Hawaï) L'Etat de Hawaï, de tradition démocrate, est le dernier à voter pour la présidentielle américaine. Barack Obama, qui a passé sa jeunesse dans l'archipel, y est naturellement le grand favori.

L'enthousiasme pour ces élections se traduit par l'affluence extraordinaire dans les bureaux de vote. Ce matin, dès 7 heures, les électeurs sont venus s'aligner en masse devant les 339 bureaux de votes de l'Etat, ouverts jusqu'à 18 heures, et remplis au maximum de leur capacité, notent les médias locaux.

Selon le quotidien local Honolulu Advertiser, cette année, ce sont 691 356 électeurs qui sont attendus pour voter. Un record historique. Autre record, celui des votes anticipés, plus du double de 2004: 69 655 contre 29 000. A 8h30 heure de Paris, les habitants auront un premier résultat de leur vote.

Mardi matin, le quotidien local a fait sa une sur la mort inattendue de la grand-mère de Barack Obama, décédée à l'âge de 86 ans la veille de l'élection historique. Le quotidien rappelle que "Toot" (de l'hawaïen "tutu" signifiant "grand-mère") était la pierre angulaire de la jeunesse du candidat democrate. Claire Ligner

2h51. (De New York, Manhattan) La Pennsylvanie pour Obama, c'est la fête pour les démocrates, et une vexation pour John McCain et Sarah Palin qui ont passé les dernières semaines à quadriller cet Etat si stratégique.

C'est en commentant ses mauvais sondages en Pennsylvanie qu'Obama avait eu le malheur pendant les primaires de confier lors d'une levée de fond en Californie que les classes populaires amères s'y "accrochent à la religion et aux armes".

Hillary Clinton puis McCain ont tenté d'utiliser cette phrase contre lui pour montrer aux électeurs de Pennsylvanie qu'Obama les méprisait et ne les comprennait pas. Le choix de Joe Biden, originaire de Scranton en Pennsylvanie, en colistier, devait aussi être stratégique pour l'aider à décrocher cet Etat. G.F.

2h45. (De Cambridge, Massachusetts) Le New Hampshire, un des swing states les plus convoités et hautement symboliques pour avoir lancé la campagne de McCain lors des primaires, va partir à Obama, d'apres les estimations...

Voici quelques jours McCain et Sarah Palin s'y sont déplacés pour leur campagne... C'est probablement une grande déception pour certains "libertariens" très presents dans cet Etat, qui s'étaient en grande partie reportés sur McCain.

Mais ici, ou un grand nombre de résidents de Boston/Cambridge se sont investis dans la campagne au New Hampshire (a une centaine de km d'ici), c'est une vraie satisfaction. Abby, une de mes anciennes étudiantes et staff au forum, revient justement de là-bas, elle a passe la journée a mobiliser les électeurs démocrates encore chez eux. Un volontariat représentatif de la très efficace organisation démocrate cette année. Romain Koszul

L'insigne de la Chambre des représentants (DR)2h34. Luca, un internaute de Rue89 s'attend à "une belle majorité démocrate dans les deux chambres". C'est une phrase que Barack Obama, prudent, a pris soin de ne jamais prononcer. Il n'a jamais joué les chefs de file démocrates.

Pour ne pas effrayer les indépendants ou les républicains anti McCain qui s'inquiéteraient d'un ras-de-marée démocrate, on ne l'a jamais entendu parler des autres victoires démocrates -hors présidentielles- qui pourraient se profiler.

Fidèle à sa vieille promesse de réconciliation de l'Amérique, si Obama a mené une campagne anti-Bush, elle n'était pas anti-républicains. Il a même envisagé ces dernières semaines d'avoir des républicains dans son gouvernement. G.F.

2h30. Le stratège d'Obama, David Axelrod, interrogé sur CNN, se montre souriant, très confiant et "patient". "L'Indiana et la Pennsylvanie étaient considérés par les républicains comme obligatoires à gagner", commente-t-il, sous-entendu, Obama est bien parti dans ces deux Etats.

"La Caroline du Nord a l'air intéressante". Il rend hommage aux "gens qui ont fait la queue pendant des heures pour changer la direction du pays". Obama est en train de suivre les résultats avec sa famille, après avoir joué au basket-ball en fin d'après-midi. Il parlera "lorsque nous saurons quelque chose". L.M.

2h23. Très longue démonstration sur CNN dans trois Etats, l'Indiana, la Virginie et la Floride, cruciaux pour le résultat de l'élection. Les sondages de sortie des urnes sont trop serrés pour en tirer des conclusions. Mais plusieurs comparaisons, dans des comtés qui ont fini leur dépouillement, montrent qu'Obama fait beaucoup mieux que Kerry il y a quatre ans. Conclusion: Obama est bien parti dans ces trois Etats. L.M.

2h19. Petite note de cuisine politique: les quatre grands électeurs du Maine viennent d'être affectés, trois d'entre eux à Obama et un à McCain. Le Maine -comme le Nebraska- sont les seuls Etats à ne pas appliquer la règle du "winner takes all" qui accorde tous les grands électeurs au gagnant mais à distribuer leurs délégués avec une dose de proportionnelle. G.F.

Au bar Joe Allen (Julien Martin/Rue89)2h09. Au bar Joe Allen, Paris Ier, l'un des plus vieux bars américains de la capitale, il faut patienter pour entrer. On ne vote pas ici, mais il y a presque plus de queue que dans les isoloirs aux Etats-Unis.

Chaque annonce entraine sa cohorte de cris, toujours pour soutenir Obama évidemment (on est en France!). Je viens de croiser des étudiants journalistes. Ah, je suis obligé de vous laisser, une journaliste argentine s'assoie à notre table pour nous interroger... Julien Martin

2h09. John McCain vient de décrocher le Tennessee. Ce n'est pas une surprise, les sondages y penchaient largement pour McCain. Si Obama gagne, il sera le premier démocrate à gagner la Maison-Blanche sans le Tennessee depuis 1960. G.F.

2h02. (De Miami, Floride) Les démocrates remporteraient la Floride! Les premiers résultats: 55% pour Obama contre 45% pour McCain. Laure de Montalembert

1h54. Patience, les résultats actuels ne dessinent pas encore le visage du futur président. Obama a remporté le Vermont et perdu le Kentucky, ce qui était attendu.

Pour savoir si l'élection est terminée pour Barack Obama, il faut attendre les résultats de l'Indiana et de la Virginie mais François Weil, directeur du Centre d'études nord-américaines, note que la soirée s'annonce "difficile" pour John McCain.

L'universitaire note "un bon signe" pour Obama: certaines poches dans l'Indiana, traditionnellement pour les Républicains, ont été remportées par les démocrates, ce qui n'a pas été le cas en 2004. Zineb Dryef

Une voiture pro-Obama à Washington mardi (Pascal Riché/Rue89)

1h53. (De Manhattan, New York) Les chaînes épluchent, comté après comté, les résultats de l'Indiana. Même si McCain semble avoir un léger avantage, que l'on puisse guetter les scores dans cet Etat en dit long sur les progrès du candidat démocrate par rapport à 2004.

L'Indiana comme le Montana, qui s'est aussi retrouvé cette année parmi les "swing states", sont des Etats que George Bush a gagnés avec une vingtaine de points d'avance.

Au-delà du talent d'Obama, ces percées sont des hommages à la stratégie des "50 states" d'Howard Dean. L'ancien candidat démocrate aux primaires de 2004 devenu ensuite président du parti démocrate a pris la décision de pousser son parti dans tous les Etats américains plutôt que de considérer que certains coins du pays (le sud par exemple) étaient des causes perdues pour les démocrates.

A l'époque, sa décision avait été très critiquée au sein du parti. Si Obama gagne de nouveaux Etats, on reconsidérera le rôle qu'a joué Howard Dean dans cette campagne. Guillemette Faure

01h45. (De Paris) Benjamin Lancar (élu à la tête des jeunes UMP cette année, à droite sur la photo) revendique clairement le soutien à Obama, ainsi visiblement que sa centaine de camarades présents (ce sont ses chiffres) au Palais M. (une boite de nuit convertie pour une soirée électorale avec écrans branchés sur la télé américaine) Porte Maillot. Audrey Cerdan

Jeunes UMP dans une soirée pro-Obama (Audrey Cerdan/Rue89)

01h28. (De Manhattan, New York) Premières estimations de CNN et de MSNBC. Obama remporte le Vermont, McCain le Kentucky. Pas de surprise. Les sondages de sortie des urnes en Géorgie, dans l'Indiana, la Caroline-du-Sud et la Virginie sont trop serrés pour que la chaîne déclare un vainqueur.

Selon MSNBC, l'affluence est telle dans les bureaux de vote que les résultats à travers le pays pourraient être différés. La participation a approché 90% en Virginie et au Colorado, 80% dans des Etats comme l'Ohio, la Californie, le Texas, le Missouri et le Maryland. Laurent Mauriac

1h17. Les premières estimations, parfois contradictoires, tombent sur les grandes chaînes d'information et les sites Internet des grands médias américains. Le Kentucky, semble acquis à McCain, le Vermont à Obama. Pas de surprise : le premier est un état traditionnellement républicain, le second historiquement démocrate.

rue89.com



dimanche, novembre 02, 2008

115- Camus l'Algérien? Camus le Français?

Camus l’Algérien ? Camus le Français ?


Voilà un écrivain qui, plus de 48 années après sa mort, continue de susciter intérêt, polémiques et questionnements.

Pour avoir lu, avec intérêt, ses oeuvres et nombre d’écrits de lui ou sur lui, se rapportant en particulier à la problématique de sa relation avec l’Algérie, et m’étant aperçu, à travers les discussions échangées à son propos, que nous connaissons peu Camus, j’ai voulu ajouter cette modeste contribution, aux nombreux écrits déjà publiés, qui n’a pas, bien sûr, la prétention d’une biographie ou de trancher sur une question aussi complexe que les relations entre Albert Camus et sa terre natale.


I) Sa vie, son oeuvre


Né en Algérie le 7 novembre 1913 à Mondovi, aujourd’hui Dréan, situé près de Annaba, Albert Camus n’avait que onze mois lorsque son père, simple ouvrier agricole, grièvement blessé lors de la bataille de la Marne, mourut peu après son admission à l’hôpital.

C’est à Alger, dans le quartier populaire de Belcourt, devenu Belouizdad, que sa mère, illettrée et presque sourde, s’est installée dès 1914, chez sa propre mère. Albert Camus y passe son enfance et son adolescence, «sous le double signe, qu’il n’oubliera jamais, de la pauvreté et de l’éclat du soleil méditerranéen» (Virginie Delisle).

Son instituteur, Louis Germain, le remarqua et le prit sous son aile. Camus gardera une grande reconnaissance à celui-ci et lui dédiera son discours de Prix Nobel.

Admis au concours, il poursuivit ses études au lycée Bugeaud où, atteint de tuberculose qui le retarda d’un an dans ses études, il réussit son baccalauréat de philosophie en 1931.

Albert Camus découvre la philosophie grâce à son professeur Jean Grenier, qui l’encouragera et restera toute sa vie son maître et son ami.

Après le Bac, il obtient un diplôme d’études supérieures en Lettres, section philosophie. Sa maladie ne lui permit pas de passer l’agrégation.

Footballeur au poste de gardien de but, il fit partie de l’équipe de football du fameux Racing universitaire d’Alger (RUA). Il confia que, si sa santé le lui avait permis, il eût choisi de continuer dans le football.

En 1934, il se maria une première fois. Cela ne dura que deux années. «Expérience douloureuse» fut sa seule déclaration (C.A. Viggiani, in la Revue des lettres modernes, 1968).

Albert Camus adhéra au parti communiste entre 1935 et 1937, sans être marxiste, immunisé à jamais, par son maître Jean Grenier, contre l’esprit d’orthodoxie.

Il milite pour la libre expression politique des populations musulmanes. Camus est chargé de recruter des militants algériens et de les faire entrer dans l’organisation nationaliste, L’Etoile nord-africaine, il écrit «Des militants arabes sont devenus mes camarades dont j’admirais la tenue et la loyauté» (François Chavanes, in Albert Camus tel qu’en lui-même).

En 1936, le Parti communiste ne soutient plus les mouvements de libération des peuples colonisés.

Albert Camus, qui protesta auprès du parti communiste à la suite de la répression envers ces «militants arabes», se fit exclure du parti (1).

Il fonde le Théâtre du Travail, adaptant Gide et Malraux et écrivant avec sa troupe une pièce qui sera aussitôt interdite, la Révolte dans les Asturies qu’il remplace en 1937 par le Théâtre de l’Équipe.

Camus entre au journal Alger républicain, avec Pascal Pia qui en est le créateur, dont le ton tranche avec le silence coupable des autres quotidiens. Albert Camus prend position contre l’oppression coloniale et une tutelle qui maintient dans la misère et l’asservissement les musulmans. Il publie, dans les colonnes d’Alger républicain, devenu Soir républicain, organe du Front populaire, plus de cent articles dont son enquête Misère de la Kabylie qui aura une action retentissante.

Alger républicain dérange les autorités. Le journal est interdit. Mais cela ne suffisait pas. On s’arrangea pour que Camus ne puisse plus trouver du travail en Algérie (R. Grenier, Albert Camus, Soleil et ombre, Paris, Gallimard, 1987, p. 83).

Il publie à Alger, chez l’éditeur Charlot, son premier essai littéraire L’envers et l’endroit (1937), dans lequel il évoque sa mère et son enfance «le monde de pauvreté et de lumière» où il a vécu, puis un de ses plus beaux récits, Noces (1939) inspirée par la beauté du site de Tipaza. C’est un véritable hymne à la mer et au soleil méditerranéen.

Camus quitte l’Algérie pour la France, mais les images lumineuses qu’il garde de sa terre natale continueront de vivre en lui. Il s’installe à Paris et travaille comme secrétaire de rédaction à Paris-Soir, entre dans un mouvement de résistance et se remarie. C’est durant cette période qu’il fait paraître le roman L’Étranger (1942) et l’essai Le Mythe de Sisyphe (1942), dans lesquels il expose sa philosophie, par les éditions Gallimard, chez qui il occupera bientôt un emploi de lecteur.

Ces deux livres firent de Camus un écrivain majeur de sa génération.

Au début de l’année 1941, il s’était installé à Oran où il avait enseigné dans des écoles privées. Il fera une rechute de tuberculose et partira durant l’été 1942 se soigner en France.

«S’il parle souvent d’ennui à propos de la ville, il écrira aussi dans ses Carnets, en avril 1941, les plus belles pages, sans doute, sur Oran : «Tous les matins d’été sur les plages ont l’air d’être les premiers du monde. Tous les soirs d’été prennent un visage de solennelle fin du monde. Les soirs sur la mer étaient sans mesure. (...) Le matin, beauté des corps bruns sur les dunes blondes. (...) Nuits de bonheur sans mesure sous une pluie d’étoiles. Ce qu’on presse contre soi, est-ce un corps ou la nuit tiède ? (...) Ce sont des noces inoubliables.» (Benjamin Stora, in Le Monde).

En 1943 Albert Camus fonde avec Pascal Pia le journal clandestin Combat, qui deviendra l’un des principaux organes de presse de la Résistance et de la Libération.

En 1945, il dénonce, la paix revenue, la sauvagerie de la justice sommaire d’après-guerre (à l’encontre des ex-collaborateurs), les massacres de Sétif et en 1947, les massacres de Madagascar : « nous faisons dans ces cas-là ce que nous avons reproché aux Allemands de faire ».

La cessation des activités journalistiques ne marque pas la fin de l’engagement. Camus a toujours fait entendre sa voix et pris position pour la justice et la défense.

De la fin de la guerre jusqu’à sa mort, il publie à intervalles réguliers plusieurs grands textes philosophico-romanesques tels entre autres La Peste (1947) qui eut aussitôt un grand succès, Lettres à un ami allemand (1948, sous le pseudonyme de Louis Neuville) et Les Justes (1950).

En 1951, Camus publie un long essai L’Homme révolté qui mettait en cause la notion même de révolution : «tout révolutionnaire finit en oppresseur ou en hérétique», il dénonce les abus commis en Union Soviétique.

«Le marxisme était à l’époque « l’horizon indépassable de notre temps ». Or, Camus osait dire que, s’il y avait l’Histoire, cette Histoire n’était pas tout : il y avait aussi le soleil. Ce propos était tout autant blasphématoire qu’au XVIIe siècle celui de Galilée.

L’astre de Camus est ici la métaphore d’un bonheur méditerranéen auquel concourent le ciel, la mer, le soleil du pauvre Galilée bien sûr, la terre, la beauté, l’amour et tous ces plaisirs dont la Nature comble nos sens...» (Jérôme Serri, in Lire, juillet 2006).

Albert Camus essuya les foudres de la revue, Les temps modernes, dont Sartre était le Directeur, et de Francis Jeanson. La rupture avec Sartre est consommée.

Suite à «ce crime de lèse-marxisme», les années suivantes furent une longue période de doute et de dépression aggravée par le déclenchement de la guerre d’Algérie, l’année où il publia L’Été (1954) un recueil de textes riche en hommages à la terre natale.

La Chute (1956), oeuvre pessimiste et désarçonnante, exprime à travers le soliloque de Clamence un scepticisme ironique «La vérité, comme la lumière, aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule qui met chaque objet en valeur... Je vais vous dire un secret : n’attendez pas le jugement dernier. Il a lieu tous les jours».

Pour François Chavanes, dans Albert Camus tel qu’en lui-même, c’est «une transposition littéraire de la polémique de Camus avec les temps modernes».

L’Exil et le Royaume (1957), recueil de six nouvelles qui «porte témoignage des préoccupations personnelles de Camus rencontrées dans les années précédant sa rédaction, plus que ne le faisaient ses oeuvres précédentes.

Le désenchantement naît des rapports avec les autres, sans que pour autant - il faut le noter - tout espoir soit perdu» (Henri Philibert-Caillat, in Libre savoir octobre 2007).

En 1959, il adapte avec succès Les Possédés de Dostoïevski et reprend l’écriture d’un roman autour de ses origines qu’il n’achèvera pas, Le premier Homme (publié de façon posthume par sa fille en 1994).



II) Camus, l’Algérie, les Algériens et la guerre d’Algérie



Dans L’Été (1954), publié l’année même du déclenchement de la guerre d’indépendance de l’Algérie, Albert Camus écrit «Après tout, la meilleure façon de parler de ce qu’on aime est d’en parler légèrement. En ce qui concerne l’Algérie, j’ai toujours peur d’appuyer sur cette corde intérieure qui lui correspond en moi et dont je connais le chant aveugle et grave. Mais je puis bien dire au moins, qu’elle est ma vraie patrie et qu’en n’importe quel lieu du monde, je reconnais ses fils et mes frères à ce rire d’amitié qui me prend devant eux» (Petit guide pour des villes sans passé, in L’été). Roger Quilliot dit à propos de Camus et sa terre natale «L’Algérie est éparse dans tous ses livres ou presque ; elle représente plus qu’une réalité, un mythe. Essais, nouvelles, romans, toutes ses oeuvres se référent à l’Algérie, s’y enracinent, «La Peste», comme «L’étranger», «L’envers et L’endroit» comme «Noces» ou «L’été» et pour finir «L’exil et le royaume» (R. Quillot).

Personne ne niera que l’Algérie colle à la peau de Camus. «Camus est toujours resté fidèle à l’Algérie, sa source unique et première, étant avec elle, même loin d’elle, «dans une sorte de symbiose organique», il était absolument, profondément, viscéralement Algérien. L’Algérie habite l’oeuvre de Camus, la traverse et singulièrement dans les combats de l’éditorialiste de 1939 à 56, elle en est le «centre» (119. Cahiers Albert Camus (6), Albert Camus éditorialiste à l’Express, (mai 1955-février 1956). En 1954, au lendemain de la « Toussaint sanglante », il écrit dans une lettre au poète et journaliste Jean Amrouche, « Tirer, ou justifier qu’on tire sur les Français d’Algérie en général, et pris comme tels, c’est tirer sur les miens, qui ont toujours été pauvres et sans haine et qui ne peuvent être confondus dans une injuste révolte. » (Alain-Gérard Slama 10 décembre 2007).

En 1955, il écrit «Je sais : il y a une priorité de la violence. La longue violence colonialiste explique celle de la rébellion» (Cahiers II, 983).

La même année, Albert déclare dans une lettre à son ami de toujours Aziz Kessous : «j’ai mal à l’Algérie, en ce moment, comme d’autres ont mal aux poumons» (Actuelles III, p. 127). Kessous dira «Camus était des nôtres et le meilleur d’entre nous».

«On ne saurait clore une étude sur Camus sans évoquer ce qui fut le drame final de son existence : La guerre d’Algérie, qu’il tenait pour fratricide, et qu’il avait voulu prévenir de toutes ses énergies. Nul doute, et j’en puis témoigner, que de 1955 à sa mort, elle n’ait été au coeur de ses préoccupations et ne l’ait parfois détourné de son oeuvre créatrice...» (R. Quillot). Entre ses convictions et ses sentiments, Camus montrait une posture en équilibre, devenue, pour les Algériens et les Européens d’Algérie, difficile à cerner.

Certains critiques pensent, à tort ou à raison, que Camus, intellectuel et journaliste émérite, pourfendeur de l’oppression qui se doublait de racisme, de subordination d’une race à l’autre même, commença sa « mue » vis-à-vis de la question algérienne avec le début de la guerre.

En janvier 1956, Camus lance à Alger son « Appel pour une trêve civile en Algérie ». « Sur cette terre, disait Camus, sont réunis un million de Français établis depuis un siècle, des millions de musulmans, Arabes et Berbères, installés depuis des siècles, plusieurs communautés religieuses, fortes et vivantes. Ces hommes doivent vivre ensemble, à ce carrefour de routes et de races où l’histoire les a placés. Ils le peuvent, à la seule condition de faire quelques pas les uns au-devant des autres, dans une confrontation libre ».

Son appel reçoit un accueil froid et lui valut bien des inimitiés. Il niera comme il l’a toujours fait le droit à n’importe quel mouvement de n’importe quel bord, de tuer des innocents et de torturer. Après son échec, il s’abstiendra de prendre position.

Il s’aperçut que rien n’était plus possible « Dès lors, c’est le combat aveugle où le Français décide d’ignorer l’Arabe, même s’il sait quelque part en lui-même, que sa revendication de dignité est justifiée, et l’Arabe décide d’ignorer le Français, même s’il sait quelque part en lui-même, que les Français d’Algérie ont droit aussi à la sécurité et à la dignité sur notre terre commune ».

Camus, l’humaniste, continua cependant d’intervenir de nombreuses fois pour sauver des condamnés à mort, comme en janvier 1959 avec l’introduction d’un recours en grâce auprès du Général de Gaulle et d’André Malraux en faveur de huit condamnés à mort et de trois autres au mois d’août 1959.

Dans l’Exil et le royaume, publié en 1957, il évoque «le problème algérien à propos duquel Camus n’a pu se faire entendre ni des tenants de l’Algérie française, ni des partisans de l’indépendance du pays... Camus exprime (à travers son personnage Daru) son propre attachement pour sa terre natale : l’absence de tout élément de jugement de la part des Arabes sur Daru peut signifier en filigrane que Camus considère comme parfaitement légitime la présence de Daru sur les Hauts Plateaux algériens. Ce qui n’est pas le cas pour Janine. On peut estimer que le drame, dans la nouvelle, naît, en fait, de l’inadaptabilité des lois françaises telles qu’elles sont appliquées aux moeurs des Arabes, plutôt que d’une incompatibilité entre deux communautés.

La difficile relation entre les hommes souvent en conflit conduit à se demander s’il n’est pas préférable de vivre dans la solitude» (L’Exil et le Royaume d’Albert Camus : étude. - Philibert-Caillat, in Libre Savoir, octobre 2007).



La déclaration de Stockholm en décembre 1957



A la fin de cette année 1957, une polémique naît et a une résonance considérable lorsque, Camus, interpellé par un jeune étudiant algérien sur sa position à l’égard du drame vécu par l’Algérie, déclara «j’ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s’exerce aveuglément, dans les rues d’Alger par exemple, et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille. Je crois en la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice».

La phrase «je défendrai ma mère avant la justice» fit scandale. Elle se prête, jusqu’à nos jours, à toutes les interprétations.

D’ailleurs chez beaucoup de nos concitoyens, l’association de cette phrase prononcée, en décembre 1957 à Stockholm, est faite automatiquement avec l’écrivain, dès son évocation, pour, souvent, le condamner sans appel.

C’est restrictif, injuste et une entorse à l’histoire, à mon humble avis, que de réduire tout ce qui a été fait par Albert Camus et ses relations, fort complexes, avec sa terre natale par cette seule phrase, aussi ambiguë soit-elle.

Cette fameuse phrase prononcée à l’Académie Royale de Suède, lors de la remise du prix Nobel, en décembre 1957, le rangera définitivement, pour certains, du côté de sa mère, la France coloniale, au détriment de la justice.

Albert Camus apparaissait comme un traître pour beaucoup d’intellectuels de gauche et des nationalistes algériens luttant pour l’indépendance de leur pays.

Selon François Chavanes, justifiant la déclaration de Camus «résidant habituellement à Paris, il vivait dans la crainte que sa mère (à laquelle il était très attaché) ne fut victime d’un attentat à Alger. A ses yeux, sa mère est le symbole de l’innocence... celui qui la tuerait au nom de la justice commettrait une grave injustice» (François Chavanes, in Albert Camus tel qu’en lui-même). Beaucoup ne croient pas à cette version.

Taleb Ibrahimi réagissait, en cette année 1957, dans une lettre ouverte à Albert Camus : « Pour la première fois, un écrivain algérien non musulman prend conscience que son pays, ce n’est pas seulement la lumière éclatante, la magie des couleurs, le mirage du désert, le mystère des Casbah, la féerie des souks, bref, tout ce qui a donné naissance à cette littérature que nous exécrions, mais que l’Algérie, c’est aussi et avant tout une communauté d’hommes capables de sentir, de penser et d’agir ».

L’ex-ministre algérien de l’Information reniera à Camus son algérianité, lors d’une conférence de presse à Alger, quelques années après l’indépendance.

Dans une intervention, publiée dans Camus et la politique, Actes du colloque de Nanterre, juin 1985, Albert Memmi, romancier tunisien déclare «...Je ne lui fais pas grief de n’avoir su parler que des siens propres. Chacun doit parler de ce qu’il connaît le mieux... mais lorsque les Algériens ont commencé à réclamer leur liberté politique, il n’a pas vu qu’il s’agissait d’une revendication nationale, il a mésestimé le fait national algérien» et ajoute «...si l’on est inconditionnellement solidaires des siens, on trahit la justice, si l’on a le respect inconditionnel de la justice, tôt ou tard on trahit les siens». Cependant, il tient à ajouter que «Tel qu’il était, avec son choix, et son immense talent, Camus représentait un aspect essentiel de l’Afrique du Nord et les Algériens s’honoreraient en le réintégrant pleinement dans leur tradition culturelle».



L’idée d’indépendance d’Algérie



Benjamin Stora souligne que «...Profondément attaché à sa terre natale, il tente d’adopter un discours plus nuancé, dénonçant les violences commises aussi bien par le FLN que par les forces françaises. De fait, lui qui dès les années 1930 dénonçait la misère des « indigènes » et l’oppression coloniale et qui était favorable à une décolonisation des esprits, vit comme un véritable déchirement la perspective d’un « divorce » entre l’Algérie et la France, semblant anticiper l’inévitable exode de la population européenne (« pied-noire ») au sein de laquelle il a grandi. Cela lui est amèrement reproché par les anticolonialistes « radicaux » français aussi bien qu’Algériens, tandis que les ultras le considéraient comme un « traître » favorable à l’indépendance. Ces derniers scandent « Camus au poteau » lorsque l’écrivain a voulu organiser une « trêve civile » en janvier 1956, avec l’accord du FLN et des libéraux d’Alger... Profondément ébranlé par le drame algérien, l’écrivain pressent très vite la profondeur du déchirement entre les deux principales communautés. Il plaide pour le rapprochement, tente d’éviter l’irréparable, dit combien les « deux peuples se ressemblent « dans la pauvreté et une commune fierté» (Benjamin Stora septembre 2007).

Concernant l’indépendance de l’Algérie, Albert Camus a une position tranchée. Autant sont légitimes la dénonciation du colonialisme, de l’attitude méprisante des Français, d’une répartition agraire injuste et d’une assimilation toujours proposée mais jamais réalisée, autant est illégitime le concept de nation algérienne (Algérie 1958 Actuelles III).

Dans Algérie 1958, il écrit : «si bien disposé qu’on soit envers la revendication arabe, on doit cependant reconnaître qu’en ce qui concerne l’Algérie, l’indépendance nationale est une formule purement passionnelle. Il n’y a jamais eu encore de nation algérienne» (François Chavanes, in Albert Camus tel qu’en lui-même).

A son refus de soutenir l’indépendance, il proposera le fédéralisme afin, disait-il, de ne léser ni les Algériens musulmans, ni les Français d’Algérie qui selon lui ont un droit égal à leur patrie d’origine.

«Aujourd’hui, on nous parle de «Nation algérienne» et cela m’exaspère. Que le F.L.N, lui, combatte pour créer une Nation, c’est son droit (et c’est même peut-être son devoir, je n’en sais rien, je dis que c’est concevable) ; qu’il veuille accréditer l’idée d’une nation préexistante à la conquête, encore une fois pour lui, c’est de bonne guerre. Mais cela n’est pas vrai, nous savons bien que cela n’est pas vrai. Il y avait un Etat algérien, il y a aujourd’hui une patrie algérienne, et vous savez bien que cela n’a rien à voir avec le concept de Nation. En tout cas, aujourd’hui, l’Algérie est un territoire habité par deux peuples, je dis bien deux peuples, l’un est musulman et l’autre ne l’est pas. Ce territoire où l’administration est française, c’est-à-dire où la responsabilité est parisienne, se singularise par le fait que l’injustice et la misère y sévissent scandaleusement. Cela est vrai. Mais les deux peuples d’Algérie ont un droit égal à la justice, un droit égal à conserver leur patrie...» («Benammar Benmansour Leïla in L’algérianité», ses expressions dans l’édition française (1919-1939).

Albert Camus meurt le 4 janvier 1960 dans un accident de voiture sur une route de l’Yonne, à l’âge de 47 ans, alors que l’option de négociation avec le FLN commençait à être envisagée par le général de Gaulle.

Comment aurait réagi Camus s’il avait vécu, à un moment où chacun a eu à choisir entre l’acceptation de l’indépendance et l’option du putsch et de l’OAS ?

Les avis et analyses divergent et ne semblent pas toujours empreints d’objectivité.

Opposé jusqu’à sa mort, à l’idée d’indépendance de l’Algérie et voué à la haine des extrémistes européens depuis son Appel pour une trêve civile en Algérie du 23 janvier 1956 et à l’arrêt des violences contre les civils des deux camps »il s’est réfugié jusqu’à sa mort dans un silence presque total sur ce sujet. Aurait-il suivi, s’il avait vécu, l’évolution d’amis comme l’écrivain Emmanuel Roblès ou le peintre Jean de Maisonseul en faveur de l’indépendance, ou bien une autre direction ? rien ne permet de l’affirmer» (article de la rubrique les deux rives de la Méditerranée > la période coloniale de l’Algérie 29 octobre 2007).

«Albert Camus continua d’avancer sur un sentier de plus en plus étroit entre deux précipices. Aurait-il fini par basculer d’un côté ou de l’autre sans sa mort accidentelle et prématurée ? Son ami André Rossfelder (partisan de l’intégration, qui rejoignit en 1961 le putsch des généraux puis l’OAS) affirme dans ses Mémoires que Camus se préparait peu avant sa mort à prendre position contre l’indépendance et contre le FLN. Son autre ami Jules Roy, (qui bascula de l’autre côté sous l’influence de Jean Amrouche en 1960 et le dirigeant du FLN Mohammed Bedjaoui voulaient croire le contraire. Selon Mouloud Feraoun, Albert Camus lui avait laissé comme dernier message cette confidence : « Je me suis pris à espérer dans un avenir plus vrai, je veux dire un avenir où nous ne serons séparés ni par l’injustice, ni par la justice »» (Guy Pervillé 3 juillet 2005).



Camus l’Algérien ?



«Les uns lui contestant la qualité d’Algérien ou d’écrivain algérien, les autres le traitant de pied-noir ou de colonisateur de bonne volonté» (Cahiers Albert Camus (6)). Pour Edward W.Said, Camus est un écrivain qui plonge ses racines dans le colonialisme «...il est clair que les limites de Camus étaient paralysantes, inacceptables. Comparés à la littérature de décolonisation de l’époque, française ou arabe - Germaine Tillion, Kateb Yacine, Frantz Fanon, Jean Genet -, ses récits ont une vitalité négative, où la tragique densité humaine de l’entreprise coloniale accomplit sa dernière grande clarification avant de sombrer. En émane un sentiment de gâchis et de tristesse que nous n’avons pas encore entièrement compris. Et dont nous ne sommes pas tout à fait remis» (Edward W. Said in Le Monde diplomatique novembre 2000).

«Pour Kateb Yacine, selon Lenzini, Camus a «sa vie en France et ses racines en Algérie. Il passait pour le maître de «L’école d’Alger» mais c’était avant tout un écrivain français de notoriété internationale, un futur prix Nobel... il était plus Français qu’Algérien. On ne peut le lui reprocher, mais il faut en finir avec le mythe de «Camus l’Algérien» (J. Lenzini, in l’Algérie de Camus).

Mohammed Dib déclara, par rapport à ses oeuvres et leurs caractéristiques, que «Camus est un écrivain algérien» (O. Todd).

L’auteur dira lui-même, voulant faire une mise au point à ce sujet : «Mon opinion d’ailleurs, est qu’on attend trop d’un écrivain en ces matières. Même et, peut-être surtout, lorsque sa naissance et son coeur le vouent au destin d’une terre comme l’Algérie, il est vain de le croire détenteur d’une vérité révélée...» et «Je ne veux pas, je me refuse de toutes mes forces à soutenir la cause de l’un des deux peuples d’Algérie, au détriment de la cause de l’autre».

Ecrivain algérien, écrivain français, Franco-Algérien, ou Français d’Algérie, peu importe, car l’appellation ne pourra changer la réalité ni la vérité que les uns ou les autres pensent, seuls, détenir.

Comme l’a justement plaidé le romancier et universitaire Nourredine Saadi, «Il faut se libérer du ressentiment vis-à-vis de Camus. Camus n’est pas un nationaliste algérien. Camus n’est pas Sénac. Il est fils de la colonie de peuplement - il faut s’y faire ! Il nous appartient parce qu’il dit des choses qu’on aime et qui nous éclairent sur ce pays qui est le nôtre.


Benrebiai Mohamed in Le Quotidien d'Oran, dimanche 02 novembre 2008

jeudi, octobre 30, 2008

114- Yasmina Khadra ou la pleureuse

Yasmina Khadra voit rouge

C'est bien connu, le monde littéraire français, ou plutôt parisien, raffole des polémiques et des coups de gueule. Il vient d'être servi avec les sorties récentes de Yasmina Khadra, lequel clame à qui veut l'entendre que « toutes les institutions littéraires » se seraient liguées contre lui. Dans un entretien accordé au quotidien Le Parisien, l'écrivain algérien s'est ainsi emporté contre le fait que son dernier roman, « Ce que le jour doit à la nuit », a été exclu de toutes les sélections pour les traditionnels et très médiatisés prix d'automne (1).

L'actuel directeur du Centre culturel algérien à Paris, et aussi officier des Arts et des lettres et chevalier de la Légion d'honneur (pour ne citer que ses distinctions françaises), n'obtiendra pas le prix Goncourt, pas plus que les prix Renaudot, Médicis ou Interallié. On peut comprendre qu'une telle déconvenue lui provoque quelques urticaires, d'autant que son livre semble bien se vendre. Mais il n'est certainement pas le seul dans ce cas. A chaque rentrée littéraire, nombreux sont les auteurs, talentueux ou non, qui espèrent être distingués mais, loi du nombre oblige, très peu sont comblés. Du coup, cette foire aux vanités, car c'est bien de cela qu'il s'agit, amène toujours son lot de commentaires aigres-doux, voire de révélations à propos des arrangements et des combines entre éditeurs influents (« je vote pour ton auteur pour tel prix, tu voteras pour le mien pour tel autre »). En clair, cette distribution de lauriers, qui est souvent synonyme de ventes accrues (quand il n'a pas d'idée de cadeau de Noël, monsieur Dupont offre le dernier Goncourt à Bobonne ou à Mémé...), mérite amplement d'être critiquée et, quoi qu'on pense des romans et du style de Yasmina Khadra, on peut admettre avec indulgence qu'il soit déçu de ne pas faire partie du crû 2008.

Mais là où les choses se corsent, c'est lorsqu'on examine les arguments qu'il martèle. A l'écouter, il serait privé de prix malgré son propre itinéraire qu'il affirme être exceptionnel. « Les gens pensent que ça a été facile pour moi de devenir écrivain, a-t-il expliqué au Parisien. Ils n'ont rien vu de mon parcours. J'ai été soldat à l'âge de 9 ans. J'ai évolué dans un pays où l'on parle de livres mais jamais d'écrivains et dans une institution qui est aux antipodes de cette vocation. On devrait me saluer pour ça ! ».

Voilà une sortie égotique dont on se demande quel rapport elle présente avec les prix littéraires. Qu'ils soient ou non arrangés, ces derniers récompensent avant tout un livre, ce qui signifie que Khadra aurait pu se contenter de dire « mon livre est bon, je ne comprends pas pourquoi il n'est pas sélectionné ». A l'inverse, le voici qui insiste sur sa vie et sur le fait qu'il est devenu écrivain malgré le fait d'être passé par l'armée algérienne. Et de laisser entendre qu'il serait victime d'un racisme qui ne dit pas son nom, argument facile qui est toujours à double tranchant et qui ne peut que mettre mal à l'aise.

Le plus étonnant dans l'affaire, c'est que Khadra dit se sentir « disqualifié » par son absence sur la liste des prix. La question est simple. Pourquoi écrit-il ? Ou plus exactement, que recherche-t-il ? La reconnaissance de ses lecteurs ou les ors d'un milieu fermé où les rivalités le disputent aux jalousies ? « Celui qui se pince le nez devant moi, je lui crache dessus », dit le dicton, et ce serait l'attitude la plus logique que devrait adopter cet écrivain. Pourtant, on a l'impression qu'il désespère de plaire à ceux qui lui signifient qu'il n'est pas des leurs.

Il y a donc quelque chose de pathétique à voir Khadra se plaindre de ne pas être aimé par le milieu littéraire parisien et à l'entendre répéter que son parcours devrait lui amener admiration et considération de la part des jurés des prix. On se sent même gêné en l'écoutant égrener ce qu'il pense être des arguments imparables, à savoir le fait qu'il a été traduit aux quatre coins de la planète, qu'il a fait la guerre aux terroristes ou qu'il a reçu, ici et là, telle ou telle récompense. Complexe vis-à-vis de madame la France ? Ego surdimensionné ? Il y a sûrement des deux et l'on en sera un peu plus convaincu en relisant ses déclarations pour le moins étonnantes au quotidien montréalais La Presse (2) : « Je suis l'un des écrivains les plus célèbres au monde. Je suis plus connu que l'Algérie ! (sic). Je suis allé en Italie en visite officielle avec le président algérien: je suis passé à la télé, pas lui ! ». Sans commentaire... On pourrait gloser sans fin sur cet orgueil hypertrophié mais on peut aussi rappeler les mots d'Albert Camus, cet écrivain que Khadra affirme admirer. « Ce qu'ils n'aimaient pas en lui, c'était l'Algérien », avait écrit l'auteur de L'Etranger en parlant du petit monde germanopratin. C'est peut-être aussi le cas pour Khadra. Cela signifie que cela ne changera pas, que l'appréciation que lui porte le milieu littéraire parisien restera la même. Mieux, tout changement pourrait paraître suspect. Si dans un an ou deux, Khadra reçoit un prix littéraire, on ne manquera pas de faire le lien avec son coup de gueule passé et ses « amis » parisiens n'hésiteront pas à parler de consolation ou de compensation. Reste enfin un autre point que l'on ne peut éluder. Il est évident que nombre de personnalités influentes du tout-Paris littéraire ont des préventions à l'encontre de Khadra en raison de son passé militaire. Il est vrai aussi que des écrivains algériens ont contribué en sous-main à sa diabolisation. Et il faut bien rappeler que cette image négative a été confortée par sa nomination à la tête du Centre culturel algérien de Paris. Qu'il le veuille ou non, et quoi qu'il en dise, ce poste est synonyme d'appartenance au système algérien. Un système que Khadra défend et critique à la fois. La vérité est qu'on ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre. Face à un système qui a mis l'Algérie à genoux, un écrivain ne peut louvoyer et être « in et out » sans en payer le prix. C'est aussi cela qui vaut à cet écrivain l'ostracisme dont il semble tant souffrir et avec lequel il devra apprendre à vivre.



1- Le coup de gueule de Yasmina Khadra, Le Parisien, 20 octobre 2008.
2- Les fantômes de l'Algérie perdue, La Presse, 28 septembre 2008.

par Akram Belkaïd
Le Quotidien d'Oran, jeudi 30 octobre 2008

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Ci-après l'article sur l'éternel ex militaire pleurnichard

Le coup de gueule de Yasmina Khadra

JAMAIS il n’aurait pensé qu’un jour l’ennemi aurait été aussi invisible. Au moins, dit-il, quand il risquait sa peau face aux intégristes, slalomant entre les horreurs de la guerre, ramassant ses compagnons « à la petite cuiller », l’ex-officier supérieur de l’armée algérienne Mohammed Moulessehoul ne pouvait s’en prendre qu’à la logique de la guerre. Mais là, celui qui est devenu aujourd’hui Yasmina Khadra, l’auteur d’une oeuvre littéraire reconnue dans le monde entier et dont le dernier roman, « Ce que le jour doit à la nuit »*, est l’un des best-sellers de la rentrée, fulmine .

Il se sent pire que menacé de mort. « Disqualifié ! siffle-t-il entre ses dents en évoquant son absence sur les listes des prix. Toutes les institutions littéraires se sont liguées contre moi. Ça n’a pas de sens ces aberrations parisianistes ! Les gens pensent que ça a été facile pour moi de devenir écrivain. Ils n’ont rien vu de mon parcours. J’ai été soldat à l’âge de 9 ans. J’ai évolué dans un pays où l’on parle de livres mais jamais d’écrivains et dans une institution qui est aux antipodes de cette vocation. On devrait me saluer pour ça ! J’écris dans une langue qui n’est pas la mienne, avec ma singularité de Bédouin. C’est la poésie de mes ancêtres qui lui donne cette teinte que certains me reprochent. Ils ne savent pas que la langue française peut tout dire, parler d’infinitude. Ils trouvent ça ringard. Pauvre Victor Hugo ! »
« Je ne pense pas pouvoir écrire un livre meilleur que celui-là »
De fait, son nouveau roman (qui figure depuis huit semaines dans les meilleures ventes de la rentrée) aurait mérité d’apparaître sur les listes des jurys. L’auteur de « l’Attentat » y raconte, des années 1930 à aujourd’hui, la trajectoire de Jonas, fils de paysan élevé par son oncle dans les beaux quartiers d’Alger, puis habité par un amour impossible. C’est aussi le portrait d’une Algérie déchirée entre ses communautés. « Ce livre, je le porte en moi depuis 1982. Ce n’est pas seulement une histoire de l’Algérie coloniale, c’est aussi une réplique aux travaux de mon idole, Albert Camus.
Il n’a traité que de son Algérie à lui, son jouet d’enfant, de petit pied noir. Il n’est jamais allé de l’autre côté. C’est ce côté-là que j’ai raconté, celui des pieds noirs, des racistes, des gens bien, l’Algérie dans sa globalité. » Il laisse passer un temps puis : « Je ne pense pas pouvoir écrire un livre meilleur que celui-là. »
Il est midi. Un soleil baigne le bureau où l’écrivain nous accueille, à l’Institut culturel algérien. Il reçoit ici des romanciers, des peintres, qu’il essaie d’aider. « Si je peux sauver deux ou trois talents, soupire-t-il ; et surtout leur apprendre à s’aimer… C’est fou, ils se détestent tous, les uns les autres.
» Rien n’est simple. Nulle part.
La conversation court sur son pseudonyme féminin. « J’étais en opération dans les maquis intégristes et chaque soir je devais appeler ma femme pour la rassurer.
Je pensais que je n’allais pas sortir vivant de cette guerre. Un soir, elle m’a dit, tes amis français demandent ta carte d’identité . Mon éditeur voulait un nom. Elle a donné ses prénoms. »
On lui dit que ses livres prennent parfois le risque d’un trop-plein de détails. « J’aime le détail. Ils vous conduisent au plus près du problème. C’est ce dont j’ai peut-être hérité de ma vie d’enfant soldat. Nous étions enfermés dans une caserne. Une forteresse. Le dimanche matin, nous sortions dans la ville. On nous mettait en colonne. Tout le monde s’arrêtait pour nous regarder passer. C’est là que tout me sautait aux yeux. J’étais comme une éponge. »


Pierre Vavasseur, Le Parisien, 20 octobre 2008

jeudi, octobre 09, 2008

113- C'est Le Clézio !



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(Photo Reuters Fev 2008)

Il y a moins d'une demi-heure on a appris la bonne nouvelle. L'Académie suédoise a décerné son prestigieux prix au formidable Le Clézio. Voici ce qu'écrit Le Monde.fr il y a moins de 10 minutes:

Le Nobel de littérature décerné au Français Jean-Marie Le Clézio

LEMONDE.FR avec AFP | 09.10.08 | 13h15 • Mis à jour le 09.10.08 | 15h44

Le prix Nobel de littérature 2008 a été attribué à l'écrivain français Jean-Marie Gustave Le Clézio pour son oeuvre "de la rupture", a annoncé, jeudi 9 octobre, l'academie suédoise. L'académie a fait ce choix d'un "écrivain de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, l'explorateur d'une humanité au-delà et en-dessous de la civilisation régnante", selon les attendus de l'académie. Il recevra un chèque de 10 millions de couronnes suédoises (1,02 million d'euros), le 10 décembre à Stockholm.

En 45 ans d'écriture, Jean Marie Gustave Le Clézio, âgé de 68 ans, grand voyageur fasciné par les mondes premiers, est l'auteur d'une cinquantaine de livres, portés par une grande humanité. M. Le Clézio est né le 13 avril 1940 à Nice d'une famille bretonne (son nom signifie "les enclos" en breton) émigrée à l'île Maurice au XVIIIe siècle. Son père était un médecin de brousse anglais et sa mère, française.

Après sa licence de lettres, il a travaillé à l'université de Bristol et de Londres, consacrant un diplôme d'études supérieures à Henri Michaux. A l'âge de 23 ans, il obtient le prix Renaudot pour Le Procès-Verbal. En 1967, il fait son service militaire en Thaïlande en tant que coopérant mais est expulsé pour avoir dénoncé la prostitution enfantine. Il achève son service au Mexique. Pendant quatre ans, de 1970 à 1974, employé par l'Institut d'Amérique latine, il partage la vie d'Indiens, au Panama : une expérience qui aura beaucoup d'influence sur son oeuvre. Il enseigne ensuite à Albuquerque (Etats-Unis).

Dans une interview à la radio publique suédoise après l'attribution du prix, Jean-Marie Gustave Le Clézio s'est déclaré "très ému et très touché" par la récompense. "C'est un grand honneur pour moi", a-t-il ajouté, précisant qu'il remerciait "avec beaucoup de sincérité l'Académie Nobel". A la question de savoir s'il se considérait comme un écrivain français ou francophone, il a répondu: "Je ne crois pas que l'on puisse faire la distinction. Je suis né en France, mon père était britannique, je suis issu d'un mélange, comme beaucoup de gens en Europe".

L'écrivain était, jeudi matin, l'invité de France-inter, avant l'attribution du prix Nobel.

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Et Lepoint.fr ce jour 09/10/2008 à 14:58

Le prix Nobel de littérature 2008 a été décerné jeudi à Jean-Marie Gustave Le Clézio, 68 ans, premier écrivain français à obtenir cette distinction depuis Gao Xingjian, Chinois naturalisé français, en 2000, et Claude Simon, en 1985.

Il est le 14e écrivain français à recevoir ce prix, si l'on compte le Nobel refusé par Sartre en 1964, et s'inscrit dans la prestigieuse liste qui comprend Mauriac, Camus, Gide ou Bergson.

L'académie suédoise, qui décide du nom du lauréat de ce prix doté de 10 millions de couronnes suédoises (1,4 million de dollars), a voulu récompenser un "écrivain de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, l'explorateur de l'humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante".

JMG Le Clézio, qui vient de publier ce mois-ci un nouvel ouvrage, "Ritournelle de la faim", a commencé en littérature par un coup d'éclat : son premier roman "Le Procès-verbal", récit novateur d'un errant qui "squatte" dans une villa inhabitée et tombe dans des états psychologiques extrêmes, lui valut en 1963, à 23 ans, le prix Renaudot.

"Le Procès-verbal" est emblématique de la première période de son écriture, tournée vers les thèmes de la folie, du langage, et friande d'audaces formelles. Une deuxième période se dessine à partir de la fin des années 70, l'écrivain s'orientant dès lors vers des horizons et civilisations qui lui sont chers.

ETUDES SUR LES INDIENS

Né à Nice en 1940, d'un père britannique et d'une mère bretonne, Le Clézio, a grandi bilingue.

Issu d'une famille qui émigra au XVIIIe siècle à l'île Maurice, il traduit dans son oeuvre de romancier, de nouvelliste comme d'essayiste la diversité de ses origines et son attrait pour les Indiens d'Amérique. Il rédigea dans les années 70 une thèse d'histoire sur le Michoacan, dans le centre du Mexique.

Sa vie est celle d'un écrivain cosmopolite, qui partage aujourd'hui son temps entre Nice, le Mexique, l'île Maurice et d'autres horizons.

A l'âge de sept ans, il se rend au Nigeria avec sa mère pour y retrouver son père. Longtemps plus tard, il écrira "Onitsha" (1991), dans lequel il évoque le Nigeria d'après-guerre, à l'époque coloniale.

"Désert", roman situé à cheval sur le Sahara et Marseille, traite aussi de l'Afrique, des hommes bleus et de l'immigration et a valu à Le Clézio, en 1980, d'être lauréat du premier Grand prix Paul Morand.

JMG Le Clézio a étudié à Bristol et à l'université de Londres aussi bien qu'au Collège littéraire universitaire de Nice. Il effectue en 1967 son service militaire en Thaïlande, au titre de la coopération, mais, expulsé pour avoir dénoncé la prostitution enfantine, le termine au Mexique. Par la suite, il étudiera pendant quatre ans la vie des Indiens, au Panama.

Ses ouvrages évoquent aussi bien l'Afrique que le Mexique (comme, par exemple, "Diego et Frida") ou encore l'océan Indien ("Le Chercheur d'or", "Voyage à Rodrigues").

POLÉMIQUE SUR LA LITTÉRATURE AMÉRICAINE

Une polémique a éclaté dans les jours précédant l'attribution de ce Nobel de littérature 2008, à la suite des propos du secrétaire permanent de l'Académie suédoise.

Horace Engdahl a suscité un tollé en déclarant à une agence de presse que les écrivains américains composaient des oeuvres trop repliées sur les Etats-Unis et ne participaient pas au "grand dialogue" de la littérature.

L'Américaine Toni Morrison est le dernier écrivain des Etats-Unis à avoir obtenu le Nobel de littérature, en 1993. Cette année, les noms de Philip Roth et de Joyce Carol Oates circulaient parmi les favoris du Nobel.

L'oeuvre de JMG Le Clézio est aux antipodes de la vision de la littérature stigmatisée par Horace Engdahl et ce dernier s'en est félicité:

"Ses oeuvres ont un caractère cosmopolite. Français, il l'est, oui, mais c'est plus encore un voyageur, un citoyen du monde, un nomade", a dit Horace Engdahl lors de la conférence de presse pendant laquelle il a annoncé le nom du lauréat.

Le Nobel de littérature sera remis à Le Clézio à Stockholm, lors d'une cérémonie en décembre.

Quels aspects compte-t-il alors aborder dans le discours qu'il prononcera ? Interrogé sur France-Inter jeudi matin, quelques heures avant l'annonce, il répondait ainsi :

"La difficulté que les jeunes ont à se faire publier, par exemple. Sur la difficulté que quelqu'un qui pense en créole a pour traduire sa pensée en français puis pour trouver un éditeur en-dehors de son île. Toute la relativité du système éditorial; c'est si difficile quand on est loin des pays qui ont de l'argent, ça devrait être plus simple."

Bureau de Stockholm, version française Eric Faye

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dimanche, octobre 05, 2008

112- Hommage international à Mahmoud Darwich

Hommage

Souvenir de Mahmoud Darwich : un poème sur Rue89

  • Par Pierre Haski | Rue89 | 05/10/2008

Deux mois après sa disparition, la voix de Mahmoud Darwich le grand poète palestinien, va résonner dimanche à travers le monde, une journée d'hommage au poète et à l'homme. Rue89 s'associe à cet hommage en diffusant un poème de Mahmoud Darwich à paraître dans un prochain recueil.

Cette journée d'hommage au poète palestinien est née au sein d'un réseau d'écrivains et de poètes du monde entier, reliés par internet et l'amour de la langue et de l'engagement. L'initiative a pris racine à Berlin, où s'achève ce weekend un festival de littérature internationale, qui a voulu rendre hommage au poète, mais aussi, précisent les organisateurs, « à son engagement à promouvoir une coexistence pacifique et équitable entre Arabes et Israéliens ».

L'initiative s'est répandue en plusieurs coins du monde, notamment sur l'île de Gorée où réside le Sud-Africain Breyten Breytenbach qui nous avait donné un magnifique texte sur Darwich à sa mort, au Brésil, ou encore à Hong Kong à l'initiative du poète chinois exilé Bei Dao.

En France, la Cité du Livre d'Aix en Provence s'associe à cette journée d'hommage, avec une lecture de poèmes de Mahmoud Darwich à 16h30.

Et plusieurs projets éditoriaux sont en préparation autour du poète disparu, dont celui de la revue La Pensée de Midi qui publiera début novembre un numéro intitulé « Désirs de guerre... Espoirs de paix », dans lequel figurent cinq poèmes de Mahmoud Darwich, disponibles également sur le site des éditions Actes Sud. C'est un de ces poèmes que nous reproduisons aujourd'hui, dans le cadre du partenariat entre La Pensée de Midi et Marseille 89.


Si nous le voulons


« Nous serons un peuple, si nous le voulons, lorsque nous saurons que nous ne sommes pas des anges et que le mal n’est pas l’apanage des autres.

Nous serons un peuple lorsque nous ne dirons pas une prière d’action de grâces à la patrie sacrée chaque fois que le pauvre aura trouvé de quoi dîner.

Nous serons un peuple lorsque nous insulterons le sultan et le chambellan du sultan sans être jugés.

Nous serons un peuple lorsque le poète pourra faire une description érotique du ventre de la danseuse.

Nous serons un peuple lorsque nous oublierons ce que nous dit la tribu..., que l’individu s’attachera aux petits détails.

Nous serons un peuple lorsque l’écrivain regardera les étoiles sans dire : notre patrie est encore plus élevée... et plus belle !

Nous serons un peuple lorsque la police des mœurs protégera la prostituée et la femme adultère contre les bastonnades dans les rues.

Nous serons un peuple lorsque le Palestinien ne se souviendra de son drapeau que sur les stades, dans les concours de beauté et lors des commémorations de la Nakba. Seulement.

Nous serons un peuple lorsque le chanteur sera autorisé à psalmodier un verset de la sourate du Rahmân dans un mariage mixte.

Nous serons un peuple lorsque nous respecterons la justesse et que nous respecterons l'erreur.»



In : http://www.rue89.com